Description
(Uzerche 1776/1840), chirurgien par quartier de l’Empereur, et neveu du baron Boyer. 63 pp. in-4 et in-8. Varsovie, Berlin, Osterode, Oliva, Finckenstein, Morunghen, Tilsitt et Dresde, janvier 1806 - juillet 1807. Adresses et marques postales au dos (plusieurs avec marques de la Grande Armée, d’autres avec marque « Service » du cabinet de l’Empereur). Quelques lettres avec manques, la plupart montées grossièrement sur onglets, certaines collées directement sur feuille, quelques enveloppes montées séparément. Le tout relié à l’époque en un volume ½ basane (défauts). Double ex-libris du château de Laplagne et de la Bibliothèque de M. Laplagne-Barris. Exceptionnelle correspondance écrite durant la Guerre de la Quatrième coalition qu’il mène aux côtés de l’Empereur, et en particulier sur la bataille d’Eylau et la paix de tilsitt, mais également sur son travail de chirurgien sur les champs de bataille. « […] C’est à cette occasion que l’Empereur fit marcher toute son armée vers la fin de janvier. Aussitôt que l’ennemi en fut instruit, il commença sa retraite ; cependant nous l’atteignîmes, et chaque jour depuis celui où nous le rencontrâmes, jusqu’à la fameuse bataille d’Eylau, on se battit. Dans tous les combats, nous avons toujours eu l’avantage, soit du côté du nombre des tués et des blessés, soit du côté des canons et des drapeaux pris. La Bataille d’Eylau, quoi qu’elle n’ait pas été décisive et qu’elle nous ait coûté beaucoup de monde, n’en sera pas moins un monument éternel du génie militaire de notre Empereur et de la valeur de nos soldats. Comment, en effet, ne regarderait-on pas comme glorieuse une bataille dans laquelle, malgré le nombre double des Russes, l’avantage de leur position et une attaque inattendue, nous avons perdu beaucoup moins de monde qu’eux, nous leur avons pris des drapeaux et des canons, et nous sommes restés maîtres du champ de bataille. L’Empereur me dit, le lendemain de cette bataille, que si la neige lui eut permis d’observer et de voir le mouvement de ses colonnes, et que le corps d’armée du maréchal ney fut arrivé à temps, il aurait pris la moitié de l’armée Russe. Accoutumée à vaincre aisément et à faire vingt ou trente mille prisonniers dans une bataille, notre armée fut étourdie de la résistance des Russes et il en résulta même un peu de découragement […]. Une des causes qui ale plus contribué à ce découragement momentané, c’est la pénurie de subsistances. La marche rapide de l’armée et les mauvais chemins n’ont pas permis de faire arriver les vivres, en sorte que nos soldats ont vécu de ce qu’ils trouvaient chez les paysans et notamment de pommes de terre. Aussi ont-il donné à la bataille d’Eylau le nom de niema Cleba, parce que cleba en polonais signifie pain et niema, il n’y en apoint […]. On m’avait tant étourdi des fatigues et des horreurs de la guerre que je les ai trouvées beaucoup au dessous de l’idée que je m’en étais formée, du moins par rapport à moi et à tous ceux qui, comme moi, ne sont pas militaires. En effet, on ne se fatigue pas beaucoup à voyager dans une voiture bien suspendue, bien formée et bien approvisionnée ; et il est vrai qu’on n’a pas toujours un bon lit, mais personne n’est moins difficile pour le coucher que moi. à l’égard des horreurs, je ne vois pas grande différence entre un champ de bataille et un amphithéâtre d’anatomie ; aussi je puis dire, sans affecter une dureté de cœur que je n’ai point, que j’ai parcouru tous les champs de bataille sans éprouver aucune émotion par la vue des corps dont ils étaient couverts. Je trouvais toujours au contraire, qu’il n’y en avait jamais assez, s’entend des corps des Russes […] ». Après une série de batailles qui se termine par Friedland, les pourparlers s’engagent (7 lettres écrites de Finkenstein et Morunghen et 10 lettres de Tilsitt entre mai et juillet 1807). « Hier, un des personnages les plus marquants de l’armée russe, le prince ou le comte de Labanoff est venu en mission auprès de notre Empereur qui l’a fait dîner avec lui, et je sais de bonne part que le grand napoléon abu à la santé de l’Empereur Alexandre et des braves qui composent son armée, et que Mr de Labanoff abu de la part de son maître à la santé de l’Empereur Napoléon. Tu juges aisément de la joie que ces symptômes précurseurs de la paix causent à tous les Français qui sont sur la rive gauche du Niémen, et à moi en particulier […] ». « […] L’Empereur étant allé à Dantzig depuis trois jours, je ne peux pas me servir de la voie du courrier du cabinet pour te faire parvenir mes lettres […]. Je suis resté à Finckenstein avec Mr talleyrand, le général Savary, Mr Tascher cousin de l’Impératrice […]. L’Empereur revint avant hier au soir de Dantzig en bonne santé. Cette ville en sera quitte pour 15 millions. Mr le maréchal Lefebvre qui en afait le siège areçu une récompense digne de notre auguste monarque. Sa Majesté l’a nommé Duc de Dantzig, avec une pension de 100 mille francs […] ». Morunghen 8 juin 1807. « Je suis parti de Finckenstein hier matin. L’Empereur était parti la veille. toute l’armée est en mouvement et probablement il yaura une grande affaire d’ici à quelques jours [ce sera Friedland 7 jours plus tard], à moins que l’ennemi ne se retire comme on le craint […]. Je crains que ma lettre ne parte pas aujourd’hui parce que l’Empereur est à 5 lieues d’ici et que les lettres ne peuvent partir que de l’endroit où est Sa Majesté […]. Je t’écris ce billet le 12 juin, mon cher ami, mais je ne sais d’où le dater parce que nous sommes au bivouac. Les deux armées sont en présence ; elles prennent position ; on fait des manœuvres, des marches, des contremarches, et tout annonce une bataille prochaine ; peut-être sera-ce aujourd’hui, il est cinq heures du matin. Les jours précédents il y aeu des combats dans lesquels nous avons toujours été victorieux. Le général Guyot dont ton frère est aide de camp a été tué. Je n’ai pas le temps de t’en dire davantage aujourd’hui […]. nous sommes arrivés hier sur le niémen en même temps que les Russes. L’ennemi, après avoir passé ce fleuve, abrûlé le pont. Le soir il y aeu des pourparlers et tout annonce une suspension d’armes. Il est probable que le Roi de Prusse auquel il ne reste plus rien maintenant viendra à Jubé et qu’on fera la Paix. L’Empereur n’a point nommé encore à la place de chirurgien consultant. Mr Larrey désire beaucoup cette place, tu devineras aisément le motif qui aengagé ses amis à faire annoncer dans les journaux que Sa Majesté la lui avait accordée [...]. Les deux Empereurs ont signé un armistice : aujourd’hui ils ont eu une entrevue dans une baraque qu’on aconstruit sur le milieu du niémen. On n’en connaît point encore le résultat, mais on augure bien pour une Paix prochaine […]. La petite ville de tilsitt réunit les deux premiers empereurs du monde et le Roi de Prusse. Ces trois souverains travaillent au grand œuvre de la paix ; mais tu penses bien que napoléon est le maître ouvrier, le premier compagnon, celui qui, comme disent les artisans, débite l’ouvrage […]. Tilsit est la ville des prodiges ; et ces prodiges, c’est notre empereur qui les opère. En moins de trois semaines, il abattu les Russes et forcé leur Empereur à demander la Paix. Cet empereur de Russie a l’air franc et loyal, et je trouve qu’il y ade la grandeur d’âme dans sa conduite : il paraît, ainsi que le Roi de Prusse, rempli d’admiration pour notre Empereur : mais qui n’en serait pas rempli en considérant tout ce qu’il afait et ce qu’il fait chaque jour. Pour moi, mon ami, j’ai beau lui chercher un modèle dans l’Histoire, je n’en trouve point. L’Europe va lui devoir la paix et la tranquillité dont elle abesoin et après laquelle elle soupire depuis longtemps […]. La conduite franche et loyale des deux Empereurs et le mode de négociation qu’ils ont adopté, rendront cette conclusion facile et prompte. Le prince Kourakin me pria le premier jour que je le vis [Napoléon avait chargé Boyer de le soigner, comme il l’indique dans une précédente lettre] de dire à l’empereur Napoléon que la seule crainte que lui donnait son indisposition était qu’elle ne l’empêchât de se livrer au travail dont son maître l’avait chargé et qu’elle n’apportât quelque retard à la négociation. Mais heureusement cette indisposition est assez légère pour permettre au prince Kourakin de travailler tous les jours avec le Prince de Bénévent[…]. Je sors de chez le prince Kourakin ; il est le bon ami des Français et un des plus grands admirateurs de notre héros. Il m’a dit que le Prince de Bénévent et lui ne rencontraient aucune difficulté […] ». Tilsitt, 6 juillet 1807. « Mon ami, je me porte bien. La Paix est faite et sera proclamée dans trois ou quatre jours […] ». à la suite ont été reliées d’autres lettres et manuscrits dont des lettres révolutionnaires de l’artilleur Joseph Barris et une belle correspondance d’une douzaine de lettre de Dom Raymond Despaulx (1726/1818), bénédictin et savant, directeur du collège de Sorèze.