Lot n° 131

François René De chateaubriand (1768/1848). Manuscrit avec nombreuses additions et corrections autographes, 15 pages in-4 (chiffrées 4 à 17, mq les pages 1 à 3, avec un feuillet 9 bis) ; certains feuillets découpés pour l’impression et

Estimation : 20 000 / 30 000
Adjudication : 25000 €
Description
recollés, large tache d’encre d’époque sur le dernier feuillet ; tranches dorées. [Février 1816]. Texte publié joint. Rarissime et très précieux manuscrit de sa Lettre sur l’Institut, développant ses vues sur la réorganisation et l’épuration de l’Académie française, publié de manière anonyme dans le Journal des Débats (il était signé « Z », comme notre manuscrit), puis à Londres, avec le nom de l’auteur, dans le journal de Peltier, L’Ambigu ou variétés littéraires et politiques (numéro 466, du 10 mars 1816, volume 52, pages 502 à 510) « J’ai détruit tous mes manuscrits ; le seul qui me reste est celui de mon voyage à Jérusalem […] Je n’ai pas eu le courage de le brûler parce qu’il ressemble trop à toute ma vie » (Chateaubriand. Note portée sur le journal manuscrit de son Voyage en Orient). Les manuscrits ayant échappé à l’autodafé de Chateaubriand sont donc de toute rareté. Cette précieuse relique a été fortuitement retrouvée dans les archives de Louis de Fontanes, son ami de 30 ans, compagnon de route qui partagea ses années d’exil. C’est vers 1790 qu’il rencontre Chateaubriand, son cadet de onze ans, dans le salon parisien de la comtesse Julie de Farcy. Poursuivi par les Montagnards pour avoir dénoncé les massacres de Lyon, puis par le Directoire après le coup d’État de fructidor, il se réfugie en Angleterre où il retrouve son ami Chateaubriand exilé depuis 1792. S’étant gagné l’estime de Bonaparte, il rentre à Paris peu avant le 18-brumaire. Élu à l’Académie française en 1803, il est fait premier Grand Maître de l’Université par Napoléon. L’Empereur, sous son influence, permet à Chateaubriand de rentrer d’exil. L’ascendant que Fontanes, président d’une commission de pré-censure, exerce alors sur Chateaubriand, lui permet d’obtenir la révision du manuscrit des Martyrs, avant les critiques officiels de l’Empire. napoléon désira que Chateaubriand fût de l’Institut et le lui fit dire par Fontanes ; sur le refus de l’illustre écrivain, l’Empereur le fit menacer par le duc de Rovigo, ministre de la Police, de l’emprisonner à Vincennes. Il fut élu le 20 février 1811, en remplacement de Chénier, à une grosse majorité ; il croyait pouvoir garder son indépendance, mais comme il a, dans son projet de discours de réception, blâmé sévèrement certains actes de la Révolution, Napoléon ne consent pas à lui laisser le prononcer. Il ne lui est donc pas permis de prendre possession de son siège. Son discours ne sera pas imprimé. À la Restauration, une nouvelle ordonnance du 21 mars 1816, réorganise l’Institut et redonne l’appellation d’académie aux différentes classes, évinçant par la même occasion certains académiciens qui s’étaient compromis durant l’Empire et les cent-jours. Chateaubriand va enfin pouvoir siéger à l’Académie française. Ce texte capital sur l’Académie française a été oublié de toutes les éditions des Œuvres complètes ; c’est donc une précieuse redécouverte. Les nombreuses corrections apportées par Châteaubriand, qui a biffé plusieurs paragraphes, donne à ce manuscrit un caractère inédit, qui diffère en plusieurs points, du texte imprimé. « […] Je suis royaliste incorrigible […]. Vous vous attendiez peut-être, d’après ces aveux, que j’allais prononcer la destruction de l’Institut  : pas du tout. Je voudrais même que ce nom d’Institut fût conservé. Je sais qu’il n’est pas français, pris dans sa nouvelle acception, à moins que les membres de l’Institut ne soient une société de moines ; et je ne sache pas qu’ils aient du tout cette prétention […]. Mais si je consacre l’Institut, je détruit l’ordre numérique des classes ; elles reprennent dans mon plan leur ancien nom d’Académie. L’Académie française sera nommée la première comme autrefois, parce que, dans tous les temps et chez tous les peuples, par une idée très juste et très morale, la Faculté des Lettres a toujours été placée devant celle des sciences. Je conviens que de nos jours, l’Académie des sciences a jeté un plus grand éclat que l’Académie française ; mais si la première plaide sa présente gloire, la seconde, ne peut-elle pas revendiquer sa gloire passée ? Une gloire d’un siècle et demi vaut bien une gloire de vingt années […]. Et c’est ici l’avantage incontestable de mon système. En réunissant les Académies sous un nom commun, elles se prêtent un appui mutuel […]. Je suis en général très prononcé en faveur du système des épurations. Deux choses me paraissent nécessaires pour sauver la France : rétablir la Religion, et éloigner des places tous les malveillants. C’est pour avoir négligé ces deux principes de salut, que nous avons été punis l’année dernière. Jamais le trône ne sera solide s’il n’est appuyé sur l’autel […]. toutefois le système d’épuration doit-il s’étendre jusque sur les Académies ? Je ne le pense pas. Tout système absolu est par cela même absurde […]. Non seulement les épurations me semblent ici presque impossibles, mais je ne voudrais pas même que l’on nommât aux places des académiciens qui ne sont pas condamnés à un exil sans retour, ou qui, par des écrits trop criminels, ont perdu le droit de s’asseoir auprès des sujets du Roi […]. Enfin, Monsieur, je replacerais mon nouvel Institut au Louvre, et je ferais de ce Louvre un monument unique dans les fastes des nations et dans l’histoire des arts […] ».
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