Lot n° 133

François TALMA. L.A.S., Amsterdam 17 frimaire VI (17 décembre 1797), à Nicolas Bellart ; 4 pages in-4 (fentes aux plis).

Estimation : 400 / 500
Description
Longue lettre-plaidoyer à son ami avocat, à la suite de l’absence de Talma et de sa femme Caroline, partis en tournée en Hollande sans autorisation. « J’ai besoin d’un défenseur, puisque l’on m’accuse [...] si tu ne fais pas toi-même partie du chorus général de proscription exécuté à grand orchestre à notre bénéfice par le Théâtre de la République ». C’est à cause du mauvais état de ses affaires qu’il a été obligé de partir : « Le carême que nous faisions au Théâtre de la République n’a été qu’une cause très secondaire de mon départ. Nous aurions encore pu résister à, la diète, mais non aux menaces et aux avanies de nos créanciers »... Et il énumère ses dettes : 1200 livres de loyer, 800 livres d’étoffes, 500 livres à un marchand de modes à Bruxelles, etc... Il évalue « cette queue de créanciers à la somme de 6 mille et quelques cents livres. Quelques semaines nous suffiront pour compléter cette somme, attendu que nous faisons beaucoup d’argent ici. [...] Je n’ai plus qu’à me jeter à l’eau ou à fuir pour jamais de Paris ». Le Théâtre de la République devrait comprendre : « Par quelle cruauté veut-il donc me plonger dans un abyme dont il sait, à n’en pouvoir douter, que je ne pourrai jamais me tirer. Rien pour le présent, point de certitude pour l’avenir, des dettes par-dessus la tête, qu’est ce qu’on veut donc faire de moi ? [...] Songes donc mon ami dix mille livres par an à payer avant de mettre un morceau de pain dans ma bouche. Cela ne fait-il pas frémir ? » Il pense cependant que lui et sa femme peuvent être utiles dans un Théâtre de la République « bien organisé » ; du reste, il s’essaie à la comédie et Caroline à la tragédie pour pouvoir remplacer « la malheureuse Desgarcins ». Certes la situation des théâtres, en pleine réorganisation, est incertaine : « Les gens riches ne nous aimeront jamais et s’il y a deux théâtres on laissera toujours le nôtre pour courir à l’autre, à moins qu’une très grande réunion de talents ne contrebalance la faveur de celui qui sera remis en concurrence avec nous »...Il charge Bellart de plaider sa cause : « Fais en sorte d’apaiser mes camarades, mais, au nom de Dieu, ne leur parles pas du désir que nous avons de nous revoir dans leur sein ; ils prendraient cela pour une mauvaise plaisanterie »... [Un jugement de janvier 1798 condamna le couple défaillant, qui réintégra la troupe en février]. Reproduction page 40
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