Description
Magnifique lettre à l’homme politique et historien polonais exilé. « Permettez à un Italien, présent comme vous, et persécuté même en France pour ses croyances républicaines, d’exprimer au nom de la jeunesse italienne, organisée, la sympathie, et l’élan de fraternité qu’a excitée en nous la formation de votre Société Démocratique. Je n’ai pas besoin de vous parler de notre admiration pour votre héroïsme patriotique ; tout le monde a suivi d’un œil animé par l’enthousiasme les efforts de vos compatriotes »... Or maintenant on s’aperçoit que « les principes que seuls peuvent renouveler l’Humanité avaient germé dans vos rangs », et que « la jeunesse Polonaise se disposait à entrer dans les larges voies Européennes, et à fonder ses titres à la fraternité de tous les peuples qui veulent être libres, sur les bases de l’Égalité, de la Liberté, de l’Association »... Il exprime le vif désir de se lier à sa société : « vos idées, vos principes, vos vues sont exactement les nôtres ; comme vous, nous autres, jeunes, et pourtant mûris par une douloureuse expérience, nous nous sommes convaincus de bonne heure, que dans le grand procès Européen, ceux qui faisaient le plus grand mal aux peuples n’étaient pas ceux qui se prononçaient leurs ennemis déclarés ; car ceux-là vous les écrasez, ou ils vous écrasent, mais vous pouvez calculer leurs forces, et les vôtres, – mais bien ceux qui, n’ayant pas assez de courage pour lutter contre l’envahissement de l’élément populaire, ni assez de logique et de patriotisme pour s’en porter champions, créent un parti dans les rangs des hommes de la liberté, et en entravent le développement, lorsque l’occasion lui est plus favorable. Comme vous, nous avons vu de bonne heure que c’était un rêve, une utopie que celle de prétendre réunir en un corps actif tous les éléments, toutes les nuances diverses. Où cette unité n’existe pas, il vaut mieux le proclamer. En politique, on est le plus fort lorsqu’on est non le plus nombreux, mais le plus compact »... Il plaide donc pour une « révolution morale », un drapeau commun de principes populaires, un lien fraternel d’efforts et de projets, un aguerrissement à « la sainte guerre de l’Humanité » : « tous les hommes libres sont frères »... Il préconise des échanges entre Français, Italiens, Allemands, Espagnols, et Hongrois, pour « jeter la base de cette alliance Européenne qui doit former un jour le salut des peuples, et l’effroi des tyrans ». Il l’entretient de la Jeune Italie, dont le nom est tout un programme, et dont le programme s’élabore dans un journal du même nom, imprimé à Marseille : on va y publier « la sympathie que nous Italiens, qui vous avons vus, et admirés sur notre sol, lors des légions de Dombrowski, éprouvons au plus haut degré pour votre courage, pour vos malheurs, qui auraient dû émouvoir l’Europe, et pour les principes que vous manifestez sur la terre d’exil, où le sort nous a jettés – tous, comme dans un creuset où doivent se fondre toutes les nationalités jalouses pour faire place à un sentiment de cosmopolitisme et de fraternité universelle parmi les hommes qui s’enrôlent sous une même bannière »... Son propre vœu serait de voir se former « successivement une jeune Pologne, une jeune Allemagne, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’une grande Association fût formée, pour représenter les intérêts de tous les pays, et du sein duquel sortît la Jeune Europe »... Il l’invite à lui écrire sous le nom de MM. Borelly frères, négociants à Marseille, sous enveloppe pour M. Joseph. Il compte sur le secret. « Adieu, soyons frères, et sachons tirer du malheur commun qui nous accable un parti avantageux à la cause sacrée de l’Humanité »...