Lot n° 49

8LE MYSANTHROPE PAR AMOUR. Une nouvelle pièce de théâtre, la seule acceptée par la Comédie Française: Comédie en cinq actes et en vers libres, avec des entr'actes en action.

Estimation : 15 000 / 18 000 €
Adjudication : 5 000 €
Description
1 volume in-4, brochage bleu dominoté de l'époque, coins cornés, dos fatigué avec manques.
Titre manuscrit sur le 1er plat. 74 pages manuscrites fin XVIIIème, très lisible, par un copiste inconnu, composé de:
1 f. de titre 6 ff. d'avertissement.
1 f. Liste des personnages.
66 ff. Corps de la pièce.
Il est probable que cette copie soit l'une de celles qu'il destinait aux acteurs ou au metteur en scène, pouvant ainsi la dater de juillet 1791. Il la gardera et restera ainsi dans la famille jusqu'à aujourd'hui.
Dans les Pyrénées au milieu de l'été, Madame Armance, gouvernante de Sophie, confie à Germon, un valet qui est secrètement amoureux d'elle, la véritable paternité de Sophie, jeune personne élevée par Desfrancs...
Dans les 6 feuillets d'avertissement, Sade nous parle de la pièce, des personnages, de la mise en scène et de ses choix.
Pour remplacer les Choeurs des comédies antiques, Sade veut «remplir ces vides par des pantomimes qui dérivent de l'action et qui la renoue au reste...». Il précise que «si cette hardiesse déplait, il est on ne saurait plus aisé de ramener tout simplement l'action de cette Comédie dans un Salon de la maison de Desfrancs, rien n'exige absolument qu'elle en sorte et si l'entreprise contraire est blâmable, le motif au moins ne saurait l'être puisqu'il est né de l'envie d'augmenter les plaisirs du public, en donnant au spectacle qu'on lui offre autant d'unité, autant de chaleur, d'intérêt de magnificence qu'il en a paru susceptible, sans sortir des règles de la vraisemblance, la première de toutes dans notre art»
Puis il justifie ses choix de personnages et de titre: «Si on trouvait un peu forte la disproportion d'âge nécessairement et indispensablement établie dans les deux amants de cette pièce... on est prié de se rappeler, les larmes qu'on a répandues sur les Amours d'Héloïse et d'Abéllard dont la différence était de 22 ans...».
«Voudra-t-on maintenant chicaner le titre, nous ne le craignons point. Desfrancs n'est pas aussi Mysanthrope qu'Alceste, mais la situation pénible où se trouve Desfrancs, la violence extrême d'un amour toujours excessif et contenu sans cesse. Le pénible état d'un homme toujours froissé entre la nature et ses devoirs, la réunion de toutes ces choses devait, on en conviendra, jeter sur son caractère des teintes d'éloignement de l'humanité assez forte pour le faire appeler Mysanthrope. Ainsi nulle comparaison sans doute entre les défauts d'Alceste et ceux de Desfrancs: le premier est mysanthrope par caractère, l'autre l'est par circonstance...».
Enfin Sade parle du caractère des rôles et des costumes: «On prévient que le rôle de Desfrancs est d'une difficulté qu'il n'a pas toujours été possible d'aplanir par des notes. L'intelligence de l'acteur peut seule en saisir les nuances...». «Les jeunes gens de l'un et l'autre sexe qui doivent être dans la course, ils seront en blanc avec quelques parures de rubans étroits rose, vert ou bleu...».
En octobre 1788, en son cachot de la Bastille, Sade établit le catalogue raisonné de son Oeuvre. Deux volumes sont alors consacrés au Théâtre. Comme souvent avec Sade, le nom de ses pièces de théâtre peut changer et le Mysanthrope y est alors appelé Sophie et Desfrancs.
Gilbert Lély, dans son étude de référence, sur les 17 pièces de théâtre connues de Sade, en décrit 8, comme écrites à Vincennes et à la Bastille entre 1780 et 1788, faisant par la suite partie de la Collection de M. Xavier de Sade. Le Mysanthrope est décrit comme la pièce n°VII (page 228 tome II), sous le titre Sophie et Desfrancs. Le plan détaillé, daté de 12 juillet 1782, d'une première version avait pour titre Sujet de Zélonide. Ce plan fut publié par Maurice Heine et Gilbert LELY (tome XIV page 71) et la pièce ne fut publiée par Pauvert qu'en 1970.
Il est mentionné sur la page de titre que le Mysanthrope «fut reçu à la Comédie Française d'une voix unanime le 16 Septembre 1790 et ayant valu cinq ans les entrées à l'auteur». Si elle fut reçue, la pièce ne fut jamais représentée.
Pour Sade, l'année 1790 est grandement consacrée au théâtre.
Dès sa levée d'écrou, en avril 1790, Sade s'inscrit à la Société des auteurs, même s'il n'a encore rien publié. Par l'intermédiaire de la Présidente de Fleurieu, il entre en relation avec des Sociétaires de la Comédie-Française, à qui il lit sa pièce historique Jeanne Laisné, qui doit être retravaillée avec d'être proposée. Le 3 aout la pièce le Suborneur est reçue au Théâtre Italien. Le 17 août 1790, Le Boudoir est refusé par le Théâtre Français par 7 voix contre 5. Soutenu par le comédien Naudet, il soumet le Mysanthrope à la Comédie Française, où le 16 septembre, elle est reçue à l'unanimité ! «En juillet 1791, on lui demande de faire copier les rôles pour les comédiens; il lui en coûte 23 livres et 15 sols, mais cela prouve au moins qu'on ne l'oublie pas: les répétitions ne vont surement pas tarder».
En octobre, surpris de n'avoir aucune nouvelle, Sade demande des explications à la Comédie Française qui lui répond par ce petit mot: «Cet ouvrage ne fut reçu à l'ancienne Comédie-Française que pour procurer à l'auteur ses entrées et dans l'espérance qu'il en substituerait un autre. L'administration du Théâtre-Français ne peut se permettre de faire représenter aucun ouvrage douteux...».
Grosse déception de Sade, qui ne comprend pas cette réponse. Maurice Lever, dans sa biographie, suggère comme explication, que Sade, participant aux travaux de la Société des auteurs, a voté, lors d'un débat sur l'indemnité journalière à accorder aux Comédiens-Français, pour l'indemnité basse...

A new play, the only one accepted by the Comédie Française:
Comedy in 5 acts and in free verse, with intermissions.
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