Lot n° 62

LETTRE AUTOGRAPHE du Marquis de SADE, une des plus longues connues à ce jour :

Estimation : 10 000 / 12 000 €
Adjudication : 12 000 €
Description
Lettre autographe signée de Sade, adressée à son épouse. 6 pages in-8, d'une écrite fine et serrée (21 Mai 1781).
il y déverse toute sa haine à l'encontre de sa belle-mère, la Présidente de Montreuil, de M. de Sartine et du Commandant de Rougemont, sur ses conditions de détention. Il est alors incarcéré à Vincennes.
«...L'intention de la présidente de Montreuil, qui a obtenu du ministre de diriger tout ce qui regarde M. de Sade, est qu'on le trompe du matin au soir; en conséquence, vous ne cesserez de lui dire que son affaire va finir. Il est donc clair, d'après d'aussi fatales combinaisons, que le plan de ma punition a été et est de me tromper et de se moquer de moi pendant dix ou douze ans, plus ou moins. Or, je réponds à cela qu'il n'y a et ne peut y avoir qu'un hypocrite, un fourbe et un scélérat infâme comme Monsieur de S[artine] qui puisse avoir conseillé une telle horreur... l'odieux monstre n'était pas content de m'avoir perdu dès ma plus tendre jeunesse...».
«...Depuis dix ans, tout est arrangé, statué, les jours pris, les mensonges décidés, les farces apprises et tout cela n'a fait qu'engraisser un peu davantage, à mesure que votre vieille bête de mère vieillit et qu'abandonnée de tout l'univers (qui n'a jamais fait un trop grand cas d'elle) elle se voit descendre au tombeau. Il semble qu'à l'exemple de la couleuvre, elle veuille décharger tout son venin avant que d'expirer. Allons, qu'elle se dépêche, au moins, l'abominable créature, dussions-nous être empestés de tout ce qui peut rester de poison dans ses vilaines entrailles. Qu'elle se dépêche de l'exhaler et de rendre sa vilaine âme de boue.
Ma détention, dites-vous, fait le plus mauvais effet en Provence. Ah ! j'en suis bien persuadé, vous n'avez pas besoin de me le dire, à moins que ce ne soit pour me mettre un peu de baume dans le sang par cette gentillesse...».
«... L'autre jour, j'eus envi de manger un peu d'agneau, de l'agneau qui, dans cette saison-ci, se sert jusqu'à sur les tables des savetiers. Il m'a fallu le faire acheter de mon argent ! Hein ! comment trouves-tu la lésinerie ? Hier, entendant crier des petits pois et n'ayant pas encore eu l'avantage d'en voir, j'en demande; on m'envoie une galimafrée de pois secs de l'année passée, que j'ai mangés pour frais et avec avidité, parce que je les avais beaucoup désirés. Voilà deux fois 24 heures que j'ai une indigestion à en mourir, tandis que s'ils m'en eussent donné des frais et des fins, ils ne m'eussent fait que du bien...» «...tu spécifieras bien positivement à M. Le Noir que ne buvant point de vin, n'usant point de chandelle... j'entends et suis en droit d'exiger qu'à la seule défalcation de mon blanchissage, sans aucun profit pour mon geôlier, l'argent entier qui est passé pour ma nourriture soit employé aux deux seuls plats que je prends, ce qui au moins, alors, les rends mangeables. Car, encore un coup, ce petit avorton, ce petit bâtard, ce vilain métis, ce quart d'Anglais, cet infâme, enfin, doit savoir que ce n'est pas tout que de faire des farces ou d'en faire faire...».
«...Il n'appartient pas à la Présidente de Montreuil, cousine, nièce, parente, filleule et commère de toute la petite vilaine banqueroute de Cadix et de Paris, à la présidente de Montreuil, nièce d'un fripon chassé des Invalides par M. de Choiseul pour ses vols et ses concussions, à la Présidente de Montreuil qui a dans la famille de son mari un grand-père pendu en place de Grève, à la présidente de Montreuil qui a donné sept ou huit bâtards à son mari et qui a maquerellé toutes ses filles, il ne lui appartient pas de vouloir vexer, punir ou réprimer des défauts de tempérament dont on n'est pas le maître et qui n'ont jamais fait tort à personne...».
Cette célèbre lettre est intégralement reproduite par Lély, tome XII, page 317, partiellement au tome II, page 88, et dans Lever page 343.
Comme le lui écrira quelques mois plus tard son épouse Renée-Pélagie: «...Calme-toi donc, et plus encore, n'écris rien qui puisse te nuire. Je ne te cache pas que les lettres où tu montres de l'aigreur, de la chaleur, où tu dis enfin tout plein de choses que tu ne penses pas font un effet très contraire à tes intérêts, aigrissant le ministère contre toi, et empêchant que l'on écoute mes sollicitations.
J'ai beau dire la vérité, qui est que tu ne penses pas ce que tu écris, que c'est la douleur et le désespoir qui t'emportent dans de certains moments, l'on me répond que l'on ne peut te juger que par tes écrits, et que tant que tu écriras sur ce ton, on pensera très mal de toi; Ainsi, mon bon ami, n'écris plus ces phrases qui te nuisent...». Lever, page 345.

Autograph letter from the Marquis de Sade, longest known to this day:
Autograph letter signed by Sade, addressed to his wife, 6 pages, 8vo, written in a tight and small handwriting (May 21, 1781).
Partager