Lot n° 253

Jean-Gérard LACUÉE (1752-1841) député, général, ministre de l’Administration de la guerre. L.A.S., Paris 21 floréal IV (10 mai 1796), au général Grouchy, à Utrecht ; 3 pages in-4, adresse.

Estimation : 300 / 400
Adjudication : Invendu
Description
Très belle lettre sur les armées de la République et la situation de la France. Il indique les mesures prises par Carnot pour l’organisation de l’Armée du Nord : réduire les demi-brigades de Hollande, compléter des compagnies d’artillerie, fondre les compagnies de canonniers, compléter la cavalerie, etc. Puis il répond aux questions de Grouchy concernant un éventuel conflit franco-prussien : « Sans doute, mon cher général, nous devons ne pas nous confier aveuglement à une cour à qui nous avons enlevé une grande et riche proie, sans doute nous ne devons pas nous abandonner à une sécurité absolue vis-à-vis d’une cour qui avait concouru au traité de Pilnitz, sans doute nous devons être en garde contre un prince foible, et de vicieux courtisans habitués à ne calculer que l’accroissement de la puissance momentanée de leur roi, mais tant de raisons puissantes militent en notre faveur que je serois bien etonné, très etonné si la Prusse nous attaquoit. Veillons cependant. À moins de quelque evenement facheux, ou que la revolution batave ne fut bien consolidée je ne prevois pas que l’on forme de detachement de votre armée pour marcher sur le Rhin : d’ailleurs la force de nos armées nous doit faire esperer qu’un mouvement de ce genre sera inutile »... Carnot estime qu’il faut s’occuper du rétablissement des places de Grave et Bois-le-Duc, mais que c’est à Beurnonville et à Grouchy à en traiter avec le gouvernement batave… Puis il évoque les victoires de l’armée d’Italie, avec Berthier comme chef d’état-major, à laquelle sera mêlée celle des Alpes, et qui « passe presque toute entière sous les ordres de Bonnaparte, et à ce propos je dois dire que Kellermann se conduit d’une manière qui lui fait beaucoup d’honneur ici […] L’armée de l’Ocean est toujours pour Hoche seul, et comme il marche à grands pas vers son but, j’aime à prevoir qu’il n’aura pas de successeur. Si nos généraux du Rhin sont heureux tout restera comme il est ; si l’un deux mouroit, ou etoit très malheureux par ses fautes, si on en changeoit un en un mot on lui donneroit peut être pour successeur un de ses subordonnés, peut être Hoche, peut etre Beurnonville »... Il termine en faisant un rapide bilan de la situation intérieure de la France, qui « s’accomode un peu » : « les anarchistes seuls remuent toujours avec violence, mais le gouvernement qui les hait et les craint ne les perd point de vue. Les finnances sont toujours notre côté foible, mais si nous avions la paix continentale tout cela seroit bien vite racomodé : si nous ne l’avons point il faudra prendre son parti, et ce parti sera de tout sacrifier pour l’obtenir par des victoires »...
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