Lot n° 412

AMÉRIQUE-DU-SUD ET ESCLAVAGE. Dossier d’Antoine Guerry Duclaud, officier déserteur natif de La Rochefoucauld, parti s’installer au Surinam en 1771, comme « loueur de nègres »

Estimation : 2 000 / 3 000 €
Adjudication : 2000 €
Description
▬A. Etablissement à Surinam. 7 documents manuscrits. Paramaribo, 1772-1774. 23 pp. in-folio.
• 2 « notte des dépances faittes pour mon établissement tant en meubles de boutique que commodités dans la maison ». Rares et intéressants documents avec détail des matériaux pour construire l’habitation et l’achat du mobilier + un autre document similaire en néerlandais. 9 pp. in-folio.
- Contrat passé avec le sieur Dupuy, avant de retourner en Europe, lui cédant ses effets, et le bail de sa maison et sa boutique. 4 pp. in-folio.
• 3 documents en néerlandais : testaments et procurations des intéressés. 10 pp. in-folio.

▬B. Transport d’esclaves. Pièce autographe signée du capitaine Ary van den Pot. Paramaribo, 20 décembre 1771. 1 p. in-8 oblong. En néerlandais. Quittance de 300 florins « du capitaine Pot pour port de nègres ». Il s’agit du prix payé par Guerry Duclaud pour amener de Guinée jusqu’à Surinam ses 12 esclaves (dont 2 sont morts durant le voyage).

▬C. Surinam. 3 longues lettres de Guerry Duclaud à ses sœurs, à La Rochefoucauld. 8 pp. ½ in-folio et in-4, d’une écriture dense. Paramaribo, 1772-1774. Adresses, cachet de cire et marque postale au dos. Il raconte en détail son aventure. « J’ay employé ma poudre d’or pour acheter des Nègres et suis party le 6 8bre 1771 de la côte de Guynée. Il m’en a couté 100 florins pour ma personne et 60 florins pour chaque nègre, il m’en est mort 2 de douze, reste dix qui sont arrivés icy bien portant […]. Chaque habitant a 200 ou 300 nègres et recueillent de gros revenus mais avec de grands risques. Il arrive des choses bien tristes et de grandes cruautez que commettent plus de trois ou quatre mille nègres qui sont fugitifs dans les bois qui viennent comme par régiment piller plusieurs habitations enlevant tous les effets et les nègres assassinent tous les Blancs qui s’y trouvent ; ils inventent touttes sortes de manières pour les faire mourir à petit feu ; jamais Damiens n’a souffert sy cruel suplice que ces gens là font souffrir à ceux qui leur tombent entre les mains […]. Je n’ay à la maison que 6 nègres, 4 filles et 2 hommes, j’en ay 2 qui sont loués à un capitaine de navire qui gagne chacun 24 sols par jour, 2 qui sont chez un maitre charpentier pour 2 ans sans en retirer un sol bien au contraire, je paye 100 florins par tête pour chaque […] ». Après avoir dressé un sombre tableau de la colonie, il songe à son retour en France. « Je n’en seray pas quitte sans faire de grandes pertes et mes nègres sachant qu’ils vont changer de Maître combien grand sera le pillage, il n’y a point d’argent dans ce pays icy, on n’y négocie que par lettres de change et à présent que la colonie est en désastre par rapport aux nègres marons, les lettres des meilleurs habitans sont touttes protestées car les négociants d’Amsterdam ne prêtent que sur l’hipotèque des habitants. Ils prennent du caffé pour les intérets mais personne ne veut plus hasarder parce que les nègres marons venant sur une habitation ils la ruinent de fond en comble et tout est perdu pour les payeurs de ces lettres […] ».

▬D. « Location » d’esclaves. Pièce autographe signée de Guerry Duclaud. 1 p. in-4 oblong. Paramaribo, 6 décembre 1774. Ayant décidé de revenir en Europe, le contrat de « location » de deux esclaves est rompu. « G. Duclaud étant dans le dessein de repatrier, il n’est par conséquant plus à même de me louer le nègre Arlequin et la négresse apellée Memi et comme on m’a promis la vandition pour le 7 décembre, je les vandray suivant son ordre et promets de luy en rembourser l’argent qui en proviendra. Cytot que je l’auray reçu du comptoir à condition que ledit Duclaud m’en payera les dépans […]. Pour preuve convaincante que j’ay donné mon consentemant à la vente dudit nègre et de la ditte négresse j’ay signé le présent ». Au dos cette mention : « Permission donnée à M. Legros de vandre 2 nègres ». [Guerry Duclaud les avait « loués » à un capitaine de navire].

▬E. Traites. Billet à ordre de 1375 florins délivré par le « comptoir des fugueurs » en paiement de « Neegerhuuren » [« location de nègres] (1774) + un ensemble de 15 billets à ordre délivrés par des marchands et banquiers de Surinam, et payable à Amsterdam ou La Haye. La plupart, en partie imprimés, pour des sommes allant de 500 à 1600 florins. Surinam, fin 1774 – début 1775.

▬F. Factures. Liasse de 11 documents. Paramaribo, 1772-1775.
Factures pour des bouteilles de vin rouge, de la « toille fine pour chemises », une paire de mule, des « boutons de manche », un parasol, « jartières et bouton pour une culotte soye », « fil pour vestes et culottes et poil de chèvre », « galon brodé », etc. tirés sur divers « plantages ». « Facture de deux caisses de verres du capitaine Kaskam ». « Obligation donnée à Van der Meyer, officier au plantage Welgern de la Swaart Missy ». 2 listes de marchandises importées d’Amsterdam. Figure également un document antérieur concernant son séjour en Guinée : « Etat du transport party d’Europe le 9 mars 1761 arrivé à la côte d’Affrique le 12 may 1761 – ceux qui sont morts », et au dos : « liste des gens qui sont passés avec moy à la côte de Guynée. Guerry Duclaud a ainsi dressé 3 listes nominatives : ceux qui sont décédés (au nombre de 32), ceux qui sont encore en Guinée (8 dont lui) et ceux qui sont retournés en Europe (6).

▬ G. Jan Nepveu (1719/1779), gouverneur général de la colonie de Surinam. Pièce en partie imprimée, signée. Paramaribo, 23 février 1775. Quelques déchirures et défauts. Grand et beau sceau en cire rouge parfaitement conservé. En néerlandais. Passeport délivré et signé par le gouverneur de Surinam, permettant à Guerry Duclaud de rentrer en Europe.

▬ H. Retour en Europe. 3 lettres de Guerry Duclaud à ses sœurs. 6 pp. in-4. Amsterdam, Midelburg et Paris, mai – juillet 1775. Adresses et marques postales. Deux jours après son arrivée en Europe, « après un heureux voyage de trois mois, on doit toujours l’apeller heureux cy tels qu’on arrive à bon port car nous avons éprouvé la rigueur de plusieurs tempêtes […] ».

Joint :
▬2 situations de comptes avec un marchand hollandais. Amsterdam, juin 1775.
joint également 2 manuscrits de la même provenance :

• « Livre concernant le fournier [boulanger] fait le 13 8bre 1780 suivant le compte arrêté sur mon journal ». Livre de comptes, tenu de 1780 à l’an 9. Cahier de 50 pp. in-8.

• Acte de procédure entre « messieurs les officiers municipaux de la ville de La Rochefoucauld, demandeurs en saisie réelle en conséquence de la sentence rendue au tribunal de l’intendance de la généralité de Limoges du 5 septembre mil sept cent quatre vingt deux, qui les conserve dans leurs droits sur les biens de Pierre Paintaud principal débiteur, dans laquelle sentence ledit sieur Antoine Guerry Duclaud, bourgeois, étoit partie […] ». 38 pp. in-4.
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