Lot n° 144

JOUHANDEAU (Marcel). Manuscrit autographe signé, Suite au Pur Amour, 1958 ; 451 feuillets in-8 ou petit in-4 montés sur onglets sur des feuillets de papier vergé d’Arches, reliés en 2 volumes in-4 plein maroquin violet janséniste, dos lisses...

Estimation : 4000 / 4000 / 5000
Adjudication : 4 270 €
Description
(lég. passés) au monogramme FJG en queue, doublures et gardes de daim gris (Lucie Weill).
Important manuscrit de premier état avec de nombreuses ratures et corrections, qui fait suite au livre Du Pur Amour publié en 1955 chez Gallimard, et correspond aux trois parties inédites ajoutées par Jouhandeau lors de la réédition de l’ouvrage en 1969 chez le même éditeur. Jouhandeau a inscrit cet envoi à Florence J. Gould (1895-1983) sur la page de titre : « 1er état en 4 parties que je dédie à ma bien aimée Florence. Marcel Jouhandeau 3 juin 1958 ». Le manuscrit, comme l’indique Jouhandeau, est divisé en 4 parties, chaque volume ayant sa pagination propre : I Robert marié (I, p. 1-139), II La catastrophe (p. 140-207), III Retour à la Paix (II, p. 1-71), IV « et fin » (p. 72-244). Il est écrit à l’encre bleue ou violette sur des feuillets de papier-classeur quadrillé et perforé, inégalement remplis, certains au recto et au verso, souvent très raturés et corrigés ; la plupart ont été biffés d’un trait de crayon rouge après réécriture. On relève d’importantes variantes par rapport au texte imprimé. Dans le premier volume du manuscrit, une centaine de pages n’ont pas été reprises dans l’édition originale (p. 429-497 du livre). Dans le second volume, de même, 80 pages ne furent pas retenues dans l’édition définitive, pendant que d’autres pages subissaient d’amples modifications (p. 499-561 du livre). Les divergences constatées correspondent aux parties expurgées par l’éditeur, ou écartées par l’auteur comme trop intimes. Dans Du Pur Amour, récit autobiographique, Marcel Jouhandeau raconte la passion amoureuse qui l’anima pour un jeune homme rencontré par hasard lors d’un voyage en train en 1948. La relation amoureuse qu’il noue avec Robert Coquet lui a inspiré deux ouvrages, L’École des garçons (en 1953) et Du Pur Amour en 1955. Le titre Du Pur Amour donne le ton à ce livre placé sous le signe de l’absolu : Jouhandeau tâche d’explorer une double morale qui impose à son auteur une abnégation et une fidélité, tant vis-à-vis de son jeune amant et que du foyer de celui-ci (Robert Coquet s’est marié), s’essayant par là-même à vivre pleinement une sexualité contrariée comme gage d’une félicité à venir. Citons ces quelques lignes : « J’aime tout ce qui fait le bonheur de Celui que j’aime, La femme est une parure et Brigitte ne te dépare pas. Elle t’embellit. Pourquoi m’en fâcherai-je ? [...] De plus en plus persuadé que dans la mesure où elle est définitive et sans faute, la passion ressemble à la paix intérieure. Après toutes les souffrances qui l’ont décantée, épurée, elle connaît une sorte de foi en elle-même, et en son objet exclusive, une patience préférable peut-être à la possession [...] Il faut que je me décide à l’aimer vraiment, à l’aimer pour lui et non pour moi, à l’aimer, comme il entend l’être de moi. Tant pis si je souffre, pourvu qu’il ne souffre pas. Si pénible que ce soit pour moi, je vais lui rendre mon amour agréable et peut-être l’aimerai-je tellement, l’aimerai-je assez pour trouver tant de joie à lui plaire que j’en oublierai ma peine. Je n’exigerai rien...Grâce à lui, j’ai atteint une élévation, à laquelle je ne puis renoncer, même s’il me manque… Il est des êtres qui ont le privilège d’exprimer comme personne les sentiments de tout le monde. Cela tient-il autant à la musique de leur voix, à l’à-propos de leur réflexion, on les écoute, sans pouvoir s’empêcher d’être ému ou de sourire »... Citons encore la toute dernière phrase du manuscrit : « L’essentiel, c’est de n’être toujours tout entier qu’à ce qu’on aime, sans en rien distraire que pour en redoubler et en perpétuer la possession ».
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