Lot n° 340

GUYTON-MORVEAU (Louis-Bernard). (1737-1816) chimiste et industriel, conventionnel (Côte-d’Or), membre du Comité de Salut public, il organisa l’enseignement supérieur. L.A. (minute), Paris 24 juin 1811, à Jean-Baptiste Rougier de La Bergerie,...

Estimation : 300 / 400
Adjudication : Invendu
Description
préfet du département de l’Yonne ; 5 pages in-4.
Lettre scientifique à son confrère agronome, au sujet du procédé des Gaulois pour faire le sel, et de la fève des marais. Il ne faut pas croire que le procédé des Gaulois consistait à éteindre avec des eaux salées des bois réduits en charbon, quoique les auteurs le disent noir : « une incinération imparfaite laisse toujours cette couleur plus ou moins foncée. […] Les passages même de Pline (Liv. 31, chap. 7, sect. 39 et 40) s’opposent à cette explication : infuso liquore salso cabo etiam insalem versitur. Le combustible ne restoit donc pas à l’etat de charbon. C’est encore à raison de la qualité de leur cendre que le chêne et le coudrier étoient plus estimés pour cette opération »… Il cite aussi Agricola (De re metallica), et déduit de ce que Pline rapporte d’après Théophraste, que « le sel etoit fourni par les plantes mêmes que l’on bruloit en Ombrie »… Il n’est pas étonnant que « le procédé decrit par Pline, ne donnant qu’un sel noir et très impur, ait été dès longtems abandonné par les Germains et les Espagnols »… Abordant ensuite la question de la fève des marais et du fer qu’elle contient, il renvoie aux expériences de Fourcroy et Vauquelin, dans les Annales du Muséum d’histoire naturelle : ces fèves contiennent de l’amidon, de la potasse libre et des phosphates de chaux, de magnésie, de potasse et de fer. « à propos de leur robe, je ferai part d’une anecdote qui peut avoir quelque interet par rapport au rôle qu’y joua le grand Buffon. J’etois chez lui à Montbard, lorsqu’on lui apporta une jatte de ces robes seches que lui envoyoit une dame qui lui en avoit vanté les merveilleux effets dans les maladies de la vessie dont il etoit alors cruellement tourmenté et qui ont hâté sa mort, parce qu’il s’est toujours refusé à l’opération de la taille. Je lui demandai si on ne lui avoit jamais conseillé l’uva ursi, il me repondit j’ai trop pris des astringens, ils n’ont fait qu’empirer mon mal. Êtes vous sûr, lui dis-je, que ces robes ne sont pas de la même nature ? Il m’invita à la reconnoître si cela etoit possible. J’en fis faire une legere infusion, j’y ajoutai quelques gouttes de dissolution de couperose verte (sulfate de fer) l’effet du réactif fut si marqué que je lui dis si vous manquiez d’encre, en voilà. Il donna sur le champ l’ordre de jeter ces robes par la fenêtre »… On joint 2 l.a.s. de Rougier de La Bergerie à Guyton, Auxerre 14 juin et 1er juillet 1811, pour demander des explications et pour l’en remercier (2 pp. in-4 chaque), la première suivie d’extraits de Pline notés par Guyton (1 p. et quart in-4).
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