Lot n° 389

PROUDHON (Pierre Joseph). L.A.S., Passy 4 novembre 1864, à son ami et avocat Gustave Chaudey ; 2 pages in-8 très remplies d’une écriture serrée (mouillures).

Estimation : 1000 / 1 300
Adjudication : 1 464 €
Description
Lettre politique sur son ultime ouvrage De la capacité politique des classes ouvrière, et une violente critique de Napoléon III. Sa révision est fort avancée, et si son ouvrage pouvait avoir 25 ou 30 mille lecteurs, l’effet serait formidable, mais son ami devra faire une lecture sérieuse des épreuves : « Il faut non seulement ôter les erreurs de fait, de logique et de doctrine qui auront pu m’échapper, mais tout ce qui pourrait servir de prétexte à une accusation »… à ce propos il lui soumet une question concernant le droit de faire profession d’une forme de gouvernement différente de celle établie : « il me semble, en dépit du caractère autocratique de notre Constitution, que notre droit va plus loin. La Con de 1852, comme celle de 1848, étant progressive, sujette à révision, on peut dire que son développement naturel conduit au fédéralisme, que la fédération républicaine est dans les possibilités du progrès et du suffrage universel. C’est un bénéfice que nous vaut la Démocratie, et qui se déduit de la Dictature impériale elle-même. Que dites-vous de cette théorie ? Puis-je en toute sûreté combattre de ce point de vue le système unitaire ? »… Il commente les qualités et les défauts du livre d’A.W. Kinglake sur L’Invasion de la Crimée : seul un Anglais pouvait développer le point de vue du chapitre consacré au coup d’État. Proudhon garde néanmoins son « opinion sur le grand bénéficiaire du Coup d’État […] À mes yeux L.-N. est franc fourbe, franche canaille, franc assassin, franc lâche, franche nullité. […] Ce qui m’a le plus outré jusqu’à présent, ce sont encore moins les brigandages du 2 Xbre, que l’exécrable politique de cet homme qui, pouvant empêcher la guerre en restant dans la coalition des quatre puissances, s’en sépare et en détache l’Angleterre, afin de faire la guerre seule, et de se mettre en vue. Cet instinct de conservation dans la tyrannie est le digne pendant de ce que lord Stratford appelait les instincts d’honneur français »…
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