Lot n° 251

Louis-Ferdinand CÉLINE (1894-1961). L.A.S. « Destouches », [Prison de Copenhague] Mardi 12 juin 1946, à son avocat Thorvald Mikkelsen ; 2 pages in-4 au crayon sur papier rose à en-tête de la prison Københavns Fængsler, Vestre Fœngsel....

Estimation : 1 500 / 1 800
Adjudication : 2 500 €
Description
.Belle lettre de prison à son avocat et ami. Il est à bout, et traverse une grave crise de dépression nerveuse : « Je n’en peux plus. Ces éternels espoirs ces éternelles remises, attentes, sursis, me sont à présent en horreur ». Ce n’est pas un caprice d’artiste, et il demande à se faire examiner par un spécialiste : « il vous assurera certainement que je suis au bout de mon rouleau. Je dois avoir un système nerveux d’écrivain c’est-à-dire déjà bien malade et mutilé au surplus par la guerre (75 p 100) et l’emprisonnement et le reste »… Il ne comprend pas pourquoi il est toujours en prison, alors qu’il avait prouvé que la justice française délirait dans ses accusations : « Je ne peux plus tenir dans cette effroyable incertitude ». Il voudrait être fixé sur son sort, même si on le renvoie en France où on le tuera sans doute : « Mais je préfère et de beaucoup cette solution au moins définitive à ce jeu des espérances »…Cette incertitude est intenable, « elle me rend graduellement complètement fou ». Il perd espoir, d’autant que la situation politique en France, comme il le prévoyait, « ne changera pas avant la prochaine guerre […]. En réalité le parti communiste avec son prolétariat dirige la France. La grève est une arme sans réplique ». Il se désole de voir sa femme Lucette dépérir, sans logement : « ce n’est plus qu’une pauvre âme errante et désolée autour de ma prison […] Le refuge de mourir m’apparaît comme un doux asile. J’en suis là. Sans aucune façon ni comédie »…
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