Lot n° 607

DEBUSSY Claude. La Damoiselle élue. Poème lyrique, d’après D.-G. Rossetti. Traduction française de Gabriel Sarrazin. Partition chant et piano réduite par l’auteur. Paris, Librairie de l’Art Indépendant, 1893. In-folio (357 x 230 mm)...

Estimation : 6 000 / 8 000 €
Adjudication : 6 893 €
Description
de (8)-21-(1) pp., titre et feuillets liminaires imprimés, musique lithographiée (Imp. E. Delanchy) : demi-maroquin crème avec coins, dos lisse orné du titre doré en long, initiales BM en queue, couverture lithographiée en couleurs conservée (sans le plat inférieur, muet), non rogné, tête dorée (reliure de l’époque).

►Édition originale, dédiée à Paul Dukas.

→Tirage limité à 160 exemplaires : celui-ci, un des 125 sur vélin blanc, porte le n° 98.

Ce très beau livre, l’un des chefs-d’œuvre de l’Art Nouveau – et comme tel décrit et reproduit dans le catalogue The Turn of a Century – renferme la partition d’une cantate pour soli, chœur et orchestre sur un poème de Dante Gabriel Rossetti, composée en 1887 par Debussy alors qu’il séjournait à Rome, à la Villa Médicis. Cette exquise page de musique d’inspiration préraphaélite, dédiée à l’ami et condisciple Paul Dukas, contient un épisode annonçant le fétichisme capillaire de Pelléas (Debussy commença à travailler à son grand opéra en 1893).

►La couverture est ornée d’une célèbre lithographie en couleurs de Maurice Denis.

Cette image fascinante, tirée en quatre tons (beige, ocre pâle, rose et un bleu nuit presque noir)montre la "Damoiselle" du titre debout sur un balcon, un livre entre les mains. La jeune femme, vêtue d’une longue robe rose chair qui recouvre entièrement son corps, détourne le regard de l’ouvrage et, les yeux fermés, l’expression rêveuse, laisse couler dans la nuit une chevelure blonde
"à la Mélisande". Derrière elle, un ciel noir piqué d’étoiles.

Œuvre de jeunesse (Maurice Denis était alors âgé de vingt-trois ans) cette lithographie est l’une des premières réalisations de l’artiste nabi pour le livre ; elle est considérée aujourd’hui comme l’un des témoignages les plus achevés de l’Art Nouveau dans le domaine graphique.

"The legacy of Dante Gabriel Rossetti as both artist and author is apparent among the French Symbolists, and this transformation of the Blessed Damozel indicates his influence on two of the most important French figures. The early work of Maurice Denis is among the first and most complete graphic expressions of Art Nouveau... Debussy’s music was highly regarded by the audience responsive to new artistic experiments, and the composer himself played this composition in Brussels in 1894 for the opening of La Libre Esthétique" (cat. The Turn of a Century, p. 50).


Envoi autographe signé de Claude Debussy
au crayon, sous le faux-titre :

à Mademoiselle Blanche Marot
qui fut pour un temps et sera
désormais, pour toujours, la
délicate incarnation de "la
Damoiselle Elue
en hommage dévoué
Claude Debussy
25 Aout
1900.

La mezzo-soprano Blanche Marot (1873-1963), amie intime de Georges Hartmann – le célèbre éditeur musical et librettiste –, avait créé Les Chanson de Bilitis de Debussy à la Société nationale de musique le 17 mars 1900, accompagnée par le compositeur.
Deux jours avant que Debussy ne lui dédicace cet exemplaire de La Damoiselle élue, Blanche Marot interprétait le rôle-titre de cette partition dans le cadre du septième concert de l’exposition universelle de 1900 (Paul Taffanel au pupitre, Laure Beauvais dans le rôle de la narratrice).

Le 24 août 1900, au lendemain de la représentation, Debussy écrivait à son interprète : "Mademoiselle, je n’ai pas voulu vous voir à l’issue du concert, ayant eu trop peur de mal vous dire ce qu’il y avait pour vous en moi de reconnaissance émue. Il n’était pas possible, il me semble, de mettre plus de tendresse délicate, d’émotion sincère dans l’interprétation de la Damoiselle Élue. Par moments, vous avez pu tellement vous abstraire de toute influence extérieure que cela devenait surnaturel, et la façon dont vous avez su dire : ‘tout ceci sera quand il viendra’, est une des émotions musicales les plus fortes que je n’aie jamais ressenties, c’est vraiment quelque chose de sûrement inoubliable. Croyez donc à ma reconnaissance infinie" (C. Debussy, Correspondance, Gallimard, 2005, p. 565, n° 45).

▬Provenance :
•Blanche Marot (envoi et initiales frappées en lettres or au bas du dos).
• Albi Rosenthal (inscription manuscrite non signée au verso de la page de garde).
• Bernard Malle (petit timbre humide à ses initiales).

•Guignard, p. 51.
• Carré, 30.
• Tschudi-Madsen, Art Nouveau (1967), p. 31.
• The Turn of a Century (Houghton Library), 1970, n° 52.
• Cinquantenaire du symbolisme (1936), n° 1040.
• F. Lesure, Catalogue de l’œuvre de Claude Debussy, Genève, 1977, L62.
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