Description
première partie (les pp. 575-576 sont en double), et (2)-462-(38) pp. pour la seconde (il y a un feuillet blanc de séparation entre la table des chapitres et l’index) :
maroquin rouge entièrement recouvert d’un très riche décor doré à compartiments avec bordures végétales, fleurs de lys, angelots et fleurons aux petits fers, armes papales au centres des plats, dos lisse, gardes et contregardes de papier vergé, tranches dorées (reliure romaine de l’époque).
►►Édition originale, très rare, de la première encyclopédie musicale.
Dans cet ouvrage foisonnant, l’un des plus importants traités musicologiques de l’âge baroque,
le Père Athanasius Kircher (1601-1680) a rassemblé une somme impressionnante d’informations scientifiques et esthétiques : elles sont encore aujourd’hui très précieuses pour la connaissance de la pratique et de la théorie musicales au XVIIe siècle.
L’illustration, gravée sur bois ou en taille-douce, se compose d’un titre dessiné et gravé par Paul Shor, d’un portrait de l’archiduc Léopold Guillaume d’Autriche gravé par Pontius d’après Shor, d’une planche gravée par Miotte montrant une statue d’Apollon, et de 20 planches représentant des instruments de musique, le théâtre de Vitruve, ou des dispositifs destinés à amortir ou diriger les sons dans de grands espaces ouverts. Les gravures insérées dans le texte, gravées sur bois ou en taille-douce, offrent 150 exemples de parties musicales.
►Le son, le nombre, le corps et l’automate : un des plus grands traités de l’âge baroque.
L’ouvrage embrasse toutes les branches de l’art musical : harmonie, rythme, symphonie, notation, instruments, chant des oiseaux, construction des salles de spectacles, propagation des sons dans l’espace, science du contrepoint... On y trouve aussi le premier exemple imprimé d’une partition pour quatuor à cordes. Kircher étend son traité à l’histoire de l’acoustique, explique la nature des sons et élabore une théorie de la composition. Sa volumineuse compilation, plus étendue que celle de Mersenne, emprunte ses exemples à de nombreux musiciens célèbres : Frescobaldi, Palestrina ou Monteverdi.
"Kircher attempted to compile in this book all the musical knowledge available in his day, making it the first exhaustive encyclopedia of music. For musicologists it has long been an invaluable source of information on baroque concepts of style and composition. Kircher wrote the Musurgia at the time of the great transition when the old Renaissance polyphony, still in use in the Church, was giving way to the new baroque style in secular music, most notably in opera. Kircher reveals an astounding knowledge and understanding of contemporary music and of this transition. Indeed, he gives the earliest account of the doctrine of the ‘affections’, the baroque idea that music should imitate emotions… Kircher was aided in his research by the Italian composer Antonio Maria Abbatini, the maestro di cappella at the Lateran. Besides his interest in contemporary music theory, Kircher was also firmly established in classical music theory. Like many of his predecessors and contemporaries, he followed Boethius and emphasized the mathematics of music and its relationship to the harmony of the body, per Robert Fludd, and of the solar system, per Kepler… Kircher also discusses many of his own inventions, like the talking statue, the megaphone, and numerous mechanical music-makers. One of these inventions, a product of his mathematical concept of music, is an ingenious composing computer called an arca musarithmica or musurgia mechanica. The arca was a chest containing numbered rods, which the composer could move about and combine to produce melodic and rhythmic patterns. This mathematical method of composition would perhaps seem less odd to the student of modern music than it did to Kircher’s contemporaries..." (Brian L. Merrill).
■ Exemplaire sur grand papier, revêtu d’une extraordinaire reliure romaine de l’époque, richement décorée et aux armes du pape Innocent X, le protecteur de Kircher.
Giovanni Battista Pamphili (1574-1655), qui régna de 1644 jusqu’à sa mort, fut l’un des papes les plus politiquement habiles de l’histoire. Pendant son pontificat, il eut à gérer la fin de la Guerre de Trente ans (traités de Münster et de Osnabrück, plus connus sous le nom de Paix de Westphalie) et la crise du jansénisme (bulle Cum occasione du 31 mai 1653 condamnant les thèses de Jansénius).
Son chef-d’œuvre dans le domaine artistique reste la construction de la Piazza Navona (1647-1651), dont les travaux furent achevés par Gian Lorenzo Bernini.
Les traits d’Innocent X ont été immortalisés par Vélazquez dans un tableau célèbre, dramatiquement réinterprété par Francis Bacon dans une série d’envoûtants portraits.
Parmi les relieurs romains qui travaillaient partiellement ou exclusivement pour le Vatican au cours du XVIIe siècle, deux noms ont particulièrement retenu l’attention des historiens :
•celui des Soresini – Francesco, Prospero et Baldassarre –, actifs entre 1580 et 1630, identifiés par Jose Ruysschaert comme les créateurs d’un groupe de reliures longtemps attribuées à un atelier dénommé Borghese Bindery ; et
•celui des frères Gregorio et Giovanni Andreoli, à la tête d’une vaste et multiforme bottega fondée probablement dans les années 1630 et qui marqua durablement les conceptions décoratives des relieurs romains (on la connaît aussi sous le nom de Rospigliosi Bindery ou de Queen Christina Bindery).
En dépit d’incontestables ressemblances avec la production des frères Andreoli – tant au niveau du décor que du matériel utilisé – cette magnifique reliure de présent doit être attribuée à un troisième atelier qui, dans les années 1650-1655, travailla pour le Vatican et particulièrement pour Innocent X,
ce qui lui a valu d’être baptisé Pamphili Bindery.
Nous sommes ici en présence de l’un des artistes les plus doués et les plus créatifs de cette période. Seul un tout petit nombre de ces reliures ont fait l’objet d’une publication, et la production de l’atelier Pamphili est encore mal connue.
Dans le catalogue de l’exposition Legatura romana barocca, Guido Vianini Tolomei distingue, sans proposer d’attribution, les fers présents sur notre reliure de ceux employés dans les ateliers des Soresini et des Andreoli. Le matériel utilisé pour la reliure de la Musurgia se retrouve notamment sur une "cartella vuota" réalisée pour Innocent X, dont le décor est beaucoup moins élaboré que celui composé pour habiller l’ouvrage du Père Kircher (cf. Tolomei, n° 51, collection de la Biblioteca Doria Pamphili, Rome).
Les fers destinés à l’ornementation des reliures papales étant la propriété du Vatican, il n’est pas
étonnant qu’on les retrouve fréquemment dans les décors des reliures sortant des principaux ateliers romains du XVIIe siècle.
C’est par la structure, la complexité et la richesse des compositions, bien plus que par les fers, que ces reliures diffèrent entre elles. Il est néanmoins intéressant de noter qu’aucuns des fers ornant le Kircher d’Innocent X n’apparaît dans un décor élaboré par la Rospigliosi Bindery après 1656.
►►La reliure de présent recouvrant cet exemplaire de la Musurgia est sans conteste l’un des chefs-d’œuvre de cet atelier, et l’une des plus éclatantes réussites du baroque romain à son apogée.
Quelques piqûres, négligeables ; minimes et habiles restaurations à la reliure ; petites taches brunes sur les plats.
Provenance :
•Giovanni Battista PAMPHILI (1574-1655), Pape de 1644 à 1655 sous le nom d’Innocent X,
avec ses armes sur les plats. –
•Monogramme couronné "DLAP" sur la page de titre (début du XIXe siècle), désignant certainement Andrea IV Doria Landi-Pamphili, Prince de Melfi († 1820), rénovateur du palais Doria-Pamphili à l’occasion de son mariage avec Leopoldina Maria di Savoia (1767).
—Merrill (Kircher), 8. – DSB, VII, 377. – Cortot, pp. 99-100. – Wolffheim, – RISM B V I 449.
– RISM Écrits, XXX. – Sommervogel, IV, 1051. – Eitner, V, 369. – T. Pangrazi, La Musurgia Universalis di Athanasius Kircher, Florence, 2009. – Pour la reliure : G. V. Tolomei & al., Legatura romana barocca. 1565-1700, pp. 31-33 et planches n° 46-53. – M. M. Foot, "The Borghese Bindery, the Rospigliosi Bindery and their patrons", in Studies in the History of Bookbinding, I : A Collection of bookbindings, Londres, 1983, pp. 323-336.