Description
In-folio (376 x 266 mm), 282 ff. Écriture cursive, encre brune sur papier, 2 colonnes, justification : 272 x 208 mm, 46 lignes par page, réglure à la pointe sèche, réclames.
Cahiers de 16 ff. sauf le premier, de 9 ff. (onglet pour le f. 1), le cinquième, de 15 ff. (onglet sans manque de texte entre les f. 78 et 79), le douzième (qui a 18 ff.) et le dernier (10 ff.).
Titres, titre courant et foliotation contemporaine rubriqués en rouge. Lettres ornées (7 lignes, une au début de chaque livre) et têtes de chapitre alternativement rouges et bleues.
Treize dessins à la plume et à l’aquarelle – seul le frontispice est rehaussé d’or – dans des encadrements (201 x 136 mm pour le frontispice à double colonne, environ 92 x 80 mm pour les autres dessins).
Basane brune mouchetée, tranches mouchetées rouges (Reliure de la fin du XVIIe siècle).
►MANUSCRIT TRÈS SOIGNÉ SUR PAPIER, GRAND DE MARGES ET TRÈS HOMOGÈNE, de la traduction de Tite-Live par Pierre Bersuire, LA PREMIÈRE TRADUCTION EN FRANÇAIS D’UN ÉCRIVAIN IMPORTANT DE L’ANTIQUITÉ.
Le Roi Jean le Bon commanda vers 1350 la traduction des trois Décades de Tite-Live alors connues à son « petit serviteur » le bénédictin Pierre Bersuire, savant ami de Pétrarque.
Celui-ci fit précéder sa traduction, achevée vers 1358, d’un glossaire commentant les mots du vocabulaire technique et institutionnel de l’Antiquité. Cette traduction connut un succès important jusqu’à la fin du Moyen-âge.
Notre manuscrit s’ouvre sur le Chapitre des mots estranges (f. 1 à 4), illustré du portrait de Bersuire en train d’écrire, suivi de la Table des rubriques des livres de la Première Décade (f. 4v à 9). Commence ensuite (f. 10) le Premier livre, avec le Proesme du translateur illustré d’un dessin aquarellé rehaussé d’or occupant deux colonnes : Bersuire présentant son livre au roi.
►MANUSCRIT TRÈS PROBABLEMENT DESTINÉ À UNE FEMME.
L’illustration, concentrée aux livres 1 et 3, privilégie deux histoires à valeur exemplaire dont des femmes sont à la fois les héroïnes et les victimes, Lucrèce et Virginia : deux dessins pour le viol et la mort de Lucrèce aux ff. 40v et 41v ; et 8 dessins (ff. 97v, 98v, 99, 99v, 100, 103, 104 et 104v) illustrant l’histoire de la vertueuse Virginia, tuée par son père pour sauvegarder son honneur et sa liberté menacés par le décemvir Appius Claudius.
Une seule scène de bataille, au f. 157v du quatrième livre. Les livres 5 à 10, où s’illustrent classiquement le courage et la vertu des héros romains, n’ont reçu aucune illustration.
C’est donc l’histoire de Virginia qui occupe l’essentiel de l’illustration, avec des scènes très vivantes du tribunal devant lequel se joue le sort de l’héroïne.
►RARE (seulement trois manuscrits de Tite-Live en français, cités sur le marché par la base Schönberg).
Plusieurs marques de possession calligraphiées contemporaines du manuscrit figurent à la fin, sous le colophon rubriqué en rouge : à l’encre rouge, sur deux lignes, « Loyaument vostre » et « a denisot » ; puis à l’encre noire « Tant que vive » et « Arondelle », qui nous situent dans le NORD DE LA FRANCE OU EN FLANDRE. (« Tant que vive » est la devise des Trazegnies en Hainaut-Brabant, très proche de celle de la Duchesse de Bourgogne Isabelle de Portugal, « Tant que je vive » ; un Jacques Arondelle, qui possède un manuscrit de saint Grégoire et de saint Augustin, est chanoine de la cathédrale d’Arras au XVe siècle (fichier provenances de l’IRHT).
Le manuscrit a ensuite appartenu (ex-libris sur la garde) à la famille de Francqueville de Chantemelle (qui possède un manuscrit d’Othea à la Bibliothèque royale de Bruxelles).
Il a été acquis par Maurice Burrus chez Rossignol en 1936.
Manque 1 f. (blanc ?) en tête. Petite mouillure dans le bas de la marge intérieure des 8 premiers ff. ; travail de vers au centre de la charnière touchant les gardes et les 6 premiers feuillets ; tache dans la marge de tête des ff. 244 et 245 ; petit manque de papier dans la marge extérieure des ff. 266 à 269.
Éraflures et épidermures à la reliure.
Inge Zacher, Livius-Illustration in der Pariser Buchmalerei (1370-1420), Berlin, 1971 – Marie-Hélène Tesnière, « Les Décades de Tite-Live traduites par Pierre Bersuire et la politique éditoriale de Charles V », dans « Quand la peinture était dans les livres : Mélanges en l’honneur de François Avril », sous la direction de Mara Hofmann et Caroline Zöhl, Turnhout ; Paris, 2007, pp. 344-351.