Lot n° 35

BOSSUET (Jacques-Bénigne) - Consultations faites par Mme du Mans auprès de Bossuet, avec les réponses de ce dernier. Sans lieu ni date [1697 ou 1698].

Estimation : 1 500 - 2 000 €
Adjudication : 1 803 €
Description
Pièce autographe à deux mains, signée “Sr du Mans” et “J. Benigne E de Meaux”. 8 pages in-4.

Remarquable pièce autographe à deux mains : la spiritualité catholique expliquée par Bossuet à sa dirigée.

Il est ainsi question de “communions fréquentes” : “Jay toujours de la peine sur mes communions frequentes par le peu de profit que j'en fais, et je crains que les grands desirs que je sens d'en approcher ne soit une tromperie du demon. Il y a quelques peres qui disent qu' il ne faut pas sarreter a ses desirs et que ce sont des abus quand le profit ne sensuit pas. St Grégoire, St Bernard, Gennande et le pere Avila dans le livre de la tradition de l' église de Mr Arnauld ont ce sentiment ; et que quand ST Paul n[ou]s dit de nous eprouver n[ou]s memes pour ne pas boire et manger le pain celeste a notre condamnation que cela ne sentend point des peches mortels seulement, mais aussi des veniels. [...] et que cest recevoir JC indignement que de ne s'en pas approcher avec assez d'attention et de révérence et q[ue] cest de ceux la que lapostre dit qu' ils boivent et qu' ils mangent leur jugement.

Le profit n'est pas toujours aperceu : c'en est un de ne pas tomber plus bas : je ne comprends pas le peche mortel dans ces chutes et je parle pour ceux [qui] vivent bien dans la religion. Je conviens que lépreuve de St Paul comprend mesme le peché veniel qui se fait avec attache et trop deliberement.

Je conviens de toutes ces maximes mais souvent on les applique mal : l'amour et la confiance sont la meilleure disposition.”

La complaisance dans les tourments de l'âme paraît suspecte à Bossuet - mieux vaut rechercher ce qui l'apaise. L'amour tel que Bossuet l'entend n'est pas le “pur amour” de Mme Guyon et de Fénelon, tout abandon passif. Il s'agit pour lui, comme pour Leibniz, qui le lui écrivait en 1698, de “trouver son plaisir -je dis plaisir et non pas utilité ou intérêt - dans le bien, perfection ou bonheur d'autrui.”

Ce débat renvoie à un traité publié par Antoine Arnauld en 1643 préconisant une communion la plus fréquente possible, à condition de l'éloigner de la confession d'une faute. Bossuet respectait les jansénistes ; toutefois, en juin 1665, il avait assisté l'archevêque de Paris dans ses démarches qui devaient obtenir la soumission des soeurs de Port-Royal de Paris.

Lorsque Mme du Mans demande la permission de “voir et lire, des livres, ecrits, cayers volants que lon me prete, q[uan]d ils ne sont point mauvais, mais seulement curieux, comme tout ce qui se fait contre M de C[ambrai] presentement...”, Bossuet rétorque “Ces choses seule curieuses desseichent l'esprit. Les livres de M. de C[ambrai] font cet effet : et ceux contre ne sont necessaires qu'autant qu'on y traite de grandes et utiles veritez.”

Bossuet est tout aussi catégorique lorsqu'il est question de naturel et de sensible : “Quand les consolations intérieures sont sensibles, et que lon craint qu' il ne sy mesle du naturel est on obligé a y renoncer et a faire quelq[ue] acte pour cela, pour se rassurer”(Mme du Mans). “Il faut tascher de prendre le pur et le spirituel et de laisser la le naturel qui s'y voudrait mesler. Une pure intention fait ce discernement” (Bossuet).

La pièce date de l'année même de la condamnation des Maximes des saints de Fénelon par Innocent XII, mettant ainsi fin à la querelle du Quiétisme.
Bossuet y joua un rôle clé.

(Correspondance IX, 1915, n° 1619.- Bulletin des Amis de Bossuet, n° 24).
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