Lot n° 9

BISSIÈRE (Roger). 3 Lettres autographes signées à Élie Faure. 1921-1922.

Estimation : 150 / 200
Adjudication : 300 €
Description
♦ Belle correspondance éclairant les débuts de ce peintre, alors fortement influencé par le cubisme, et proche de Georges Braque, André Lhote, Le Corbusier et Amédée Ozenfant.

▬ [Paris], « lundi » [29 novembre 1921]. « Bien sûr, vous pouvez compter sur moi, rien de plus naturel que de venir en aide à un camarade usé et dans la peine. Je vous apporterai donc une toile avant février et vous en disposerez comme vous l'entendrez [Élie Faure organisait alors une tombola en faveur de son ami le peintre Francisco Iturrino, en détresse physique et financière]. Je tiens d'ailleurs à vous rappeler qu'en dehors de cette toile destinée à une œuvre de bienfaisance, je vous avais promis une toile en remerciement de l'envoi que vous m'aviez fait de votre Histoire de l'art. Je n'ai pas tenu jusqu'ici ma promesse simplement parce que je considérais ce que je faisais comme si peu abouti que je préférais vous donner une toile postérieure...

Il me semble que maintenant ma peinture commence à être plus consciente de son but et un peu plus sûre de ses moyens.

Ainsi, si vous voulez un jour me faire le plaisir de venir passer un moment à mon atelier, je vous montrerai les quelques toiles que j'ai et vous prierai d'en retenir une que je serai heureux de vous offrir, car elle me permettra d'imiter le joli geste que vous eûtes jadis pour un peintre inconnu et très jeune.

J'ai été très touché des éloges que vous voulez bien me faire et de la sincérité avec laquelle vous écartez les questions de doctrine pour ne retenir que la peinture.

La plupart des critiques d'art devraient bien agir ainsi et au lieu de nous chicaner sur des moyens qui ne regardent que nous, s'intéresser uniquement au résultat.

Les moyens passent comme une mode, comme un costume qu'on est obligé de porter puisqu'on vit à une époque donnée, seule demeure l'humanité de l'œuvre, et en dernier ressort quand nos querelles seront apaisées par le temps, c'est elle seule qui témoignera de l'utilité ou du néant de notre effort.

Je sais que j'ai encore beaucoup à apprendre et que je suis à peine au début du chemin, mais j'ai bon espoir car je crois passionnément à ce que je fais et bon ou mauvais j'y mets le meilleur de moi-même. Si je suis un homme, il en demeurera quelque chose qui atteindra le cœur des autres. Mais les hommes vraiment dignes de ce nom sont rares et clairsemés au cours des siècles, il serait vain d'espérer être un d'entre eux. Aussi je travaille pour me satisfaire moi-même et n'espère rien de l'avenir, si ce n'est la joie d'avoir travaillé humblement à la besogne pour laquelle j'étais né... ».

▬ [Paris], 10 février 1922. Il demande à pouvoir adresser sa femme au chirurgien Jean-Louis Faure, frère d'Élie, et aborde ensuite d'autres sujets, dont la tombola qu'Élie Faure organisait en faveur du peintre espagnol Francisco Iturrino, tombé dans la misère : 

« ... Je suis heureux que ma toile vous ait paru convenable, en tout cas je l'ai donné de tout cœur... J'ai vu [le peintre André] Lhote, au sujet de ce que vous m'aviez dit de lui demander. Je consentirait volontiers à donner une toile, mais, (ceci entre nous), je crois qu'il désirerait que vous lui en fassiez vous-même la demande... »

▬ [Paris], 23 février 1922.
« ... J'avais pensé un instant envoyer une petite toile à votre frère pour le remercier d'avoir bien voulu s'occuper de ma femme [le chirurgien Jean-Louis Faure], mais étant donné le genre de peinture dont il s'entoure, je crains de ne lui causer aucun plaisir, au contraire. Aussi suis-je embarrassé... »
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