Lot n° 229

LOUŸS (Pierre Louis, dit Pierre). Lettre autographe signée à son « cher ami ».

Estimation : 300 / 400
Adjudication : 900 €
Description
Paris, 10 décembre [1910]. 3 pp. in-8, sur un bifeuillet avec en-tête à son adresse du 29 de la rue de Boulainvilliers où il emménagea en 1902.

♦ Importante lettre dans laquelle l'écrivain évoque La Femme et le pantin (publié en 1898 et adapté à la scène le 8 décembre 1910 au théâtre Antoine), et révèle s'être inspiré, dans son écriture du roman, du passage des Mémoires de Casanova où celui-ci relate sa relation orageuse à Londres avec la Charpillon.

« Quel charmant article je vous dois ! Et qu'il est donc immérité ! Enfin... je n'ai pas voulu donner au public, avant la première de cette pièce, le spectacle d'une dispute devant la galerie, et je ne reprendrai pas le débat par lettres particulières. Je dirai comme vous que tout est parfait.

Vous parlez de Mlle Charpillon. Vous avez raison. C'est la source du livre – ou du moins du récit de Don Mateo.

Le sujet du roman est tout différent. En quelques lignes ou pourrait le donner ainsi : "Un homme dont la vie a été brisée par une femme, essaye d'arrêter un autre homme, séduit par la même créature. Et non seulement il ne réussit pas à le convaincre, mais il se réenflamme lui-même au souvenir de ce qu'il a souffert, et va se jeter le premier aux pieds de celle qu'il aurait dû tuer."

Sur ce plan, on pouvait apporter n'importe quelle anecdote tragique. J'en ai pris une véritable que je croyais très connue, mais que personne n'a rapprochée de mon livre pendant dix ans, jusqu'à 1907 ou 8, je crois. Cela prouve que les lecteurs de Casanova ne vont pas souvent jusqu'au tome VI.

C'est pourquoi, pendant dix ans, je me suis beaucoup amusé chaque fois qu'on me parlait de La Femme et le pantin. Certains critiques déclaraient invraisemblable toute l'histoire. Elle était vraie. Certaines personnes la prenaient au contraire pour une autobiographie, et je renonce à vous dire ma gaîté quand des gens me prenaient la main en me disant sur un ton de profonde sympathie : "Comme vous avez dû souffrir !"... »
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