Lot n° 252

JANKÉLÉVITCH (Vladimir). Lettre autographe signée à un médecin. Paris, 9 février 1972. 1 p. 1/2 in-8, en-tête imprimé de l'U.E.R. de philosophie de la Sorbonne.

Estimation : 2000 / 2500
Adjudication : 2300 €
Description
♦ Importante lettre du philosophe qui avait publié La Mort en 1966, et qui traiterait encore de l'euthanasie en 1973 dans un entretien avec Pascal Dupont, publié en 1994 dans le recueil posthume Penser la mort ?
« Docteur, mon incompétence m'interdit de vous donner sur le problème qui m'est soumis un avis véritablement motivé. D'autant que le problème est en définitive purement médical. Du point de vue éthique il n'y a pas là matière à cas de conscience. La médecine, je crois bien, ne connaît qu'un seul impératif catégorique qui est le numéro un de sa déontologie : maintenir le malade en vie tant qu'il y a une espérance de vie, et si fragile, si précaire que soit la survie ; ce n'est pas au thérapeute comme tel à dire : "ce cas est désespéré", et à abandonner le malade à son sort.

Le thérapeute est là pour soigner, prolonger l'existence, fut-ce l'existence réduite et inconsciente d'un traumatisé condamné à une survie purement végétative.

Tant que le comateux respire, que son cœur bat, que l'existence au sens biologique du mort est constatée nous devons le considérer comme pouvant être sauvé. Quant à l'invraisemblance statistique d'une telle guérison et à l'évaluation des chances, elles posent en réalité des problèmes au sociologue, au démographe... et à l'État : mais le caractère irrécupérable de ces malades, le coût élevé, les méthodes de réanimation, la surcharge des hôpitaux et des spécialistes ne sont pas des problèmes moraux.

► Décréter que le malade est de toutes manières "condamné" et que la prolongation de sa misérable existence n'en vaut pas la peine, – cela est d'un niveau moral à peine supérieur aux doctrines néo-darwiniennes et "nationales-socialistes" qui prêchaient l'élimination des inadaptés... »
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