ratures et corrections. 4 pp. in-folio. Paris, 1er septembre 1898. Cachet de la collection Debauve. Très intéressant rapport inédit sur cet événement capital de l’affaire Dreyfus : suspecté d’avoir produit de faux documents pour condamner Dreyfus, le lieutenant-colonel Henry est arrêté. Le 30 août, il avoue son forfait à Cavaignac et se suicide le lendemain dans sa cellule du Mont Valérien, se tranchant la gorge au rasoir. Dès lors, l’opinion va commencer à basculer. Écrit le lendemain de son suicide, ce précieux témoignage inédit rend compte des événements et de l’état psychologique d’Henry au moment de son arrestation, entrevoyant sa fin certaine. « Le fiacre 10.071 nous conduisit 13 avenue Duquesne. J’accompagnai le Lt colonel chez lui, où une scène douloureuse eût lieu avec madame Henry et le petit garçon. Le Lt colonel, qui avait pris un air calme, disait à sa femme : « Je ne veux pas te voir pleurer. Tout cela s’arrangera, tu verras. Ma conscience est tranquille. Tu sais que je suis un honnête homme […] ». Après avoir mis quelques effets dans sa valise et pris son pardessus, le Lt colonel embrassa une dernière fois son enfant […]. Au cours du trajet, le Lt colonel semblait atterré et n’avoir pas conscience de sa situation. Il monologuait à demie-voix en répétant plusieurs fois les mêmes paroles « c’est inconcevable, c’est à devenir fou, que me veut-on ? […] Ce que j’ai fait, je suis prêt à le faire encore. C’était pour le bien du pays et de l’armée. Je n’ai jamais fait de mal à personne. J’ai toujours fait mon devoir. Quel malheur d’avoir rencontré sur mon chemin de pareils misérables (sans prononcer de nom), ils sont la cause de mon malheur. Ma pauvre femme, mon pauvre petit garçon. Tout s’envole en une seconde […] ». Ce document fut exposé à l’exposition « Une tragédie de la Belle époque, l’affaire du capitaine Dreyfus », à la mairie du XIe arrondissement (oct.-nov. 1994). Il est joint un portrait photographique (cabinet) de Labori, l’avocat de Dreyfus, et divers autres documents, dont une grande affiche : « Confession secrète d’Esterhazy ».