Lot n° 864

MONOD THÉODORE (1902-2000) NATURALISTE, BIOLOGISTE, GÉOLOGUE. L.A.S. avec dessin, Araouan [Soudan français, AOF], 20 mars 1935, à sa filleule Élisabeth YVER à Paris ; 4 pages in-8 (légères fentes aux plis réparées), enveloppe.

Estimation : 500 - 700 €
Adjudication : 650 €
Description
Charmante lettre illustrée pendant une mission d’exploration dans le Soudan français (Mali actuel).

Il invite sa « petite filleule » à trouver sur la carte Araouan, vieille ville au nord de Tombouctou.

« Au mois de novembre je suis arrivé ici en venant de Tombouctou. Ensuite j’ai été à Taoudeni […] aux mines de sel. Nous avons marché assez vite : un jour je suis parti à 3 h. du matin pour ne m’arrêter qu’à 10 h. du soir. À Taoudeni il y a du sel dans la terre : on creuse des trous et on enlève de grandes dalles de sel que l’on charge sur les chameaux » : dessin d’un convoi de chameaux chargés de sacs… « Ce sont des esclaves qui travaillent dans les mines : seulement, on ne les appelle pas comme ça, parce que l’esclavage a été supprimé.
De Taoudeni j’ai été à Teghazza, au Nord-Ouest : là, il y avait aussi des mines de sel au moyen âge, et une ville bâtie en sel ! J’ai visité les ruines de la ville : on trouve encore des murs et même des arcs de plein-cintre […] en sel. Heureusement qu’il ne pleut pas souvent à Teghazza. J’y ai trouvé beaucoup de choses intéressantes : des morceaux de poteries peintes, des perles, des bracelets en verre de couleurs, etc. »…
Ensuite ils ont parcouru des pays inconnus des cartes.

« Très souvent nous étions les premiers européens à parcourir ces contrées. Il avait beaucoup plu avant notre arrivée et nous avons trouvé un grand nombre de mares et d’étangs. C’était bien agréable : on a pu se baigner. Et puis, la pluie avait fait pousser des plantes et nos chameaux ont pu manger »...
Il a ramassé beaucoup de plantes et de cailloux, et aussi un œuf d’autruche dont on a fait « 3 poêles à frire d’omelette ; cela devait faire environ 15 œufs de poule. Et pour manger tout cela nous étions… 2 ½, le capitaine, Grosmînet, et puis l’adjudant qui n’en a mangé qu’un tout petit peu […]
Pour revenir nous avons marché 15 jours sans point d’eau, environ 600 kilomètres. Nous étions rationnés à 4 litres d’eau par jour, pour tout (boisson, cuisine). Essaie de calculer combien de litres d’eau il faut chaque jour : tu verras qu’avec 4 litres tu n’auras pas de quoi prendre un bain ! On a marché vite : 50 kilomètres par jour, dont 35 au moins à pied. Ce n’était pas toujours très agréable, parce qu’on marchait la nuit, on dormait seulement 3-4 heures »…
Ils ont vu aussi des troupeaux entiers d’antilopes aux grandes cornes : des Addax. « Mes camarades étaient très contents, parce qu’ils pouvaient manger beaucoup de viande. Moi, j’aurais bien préféré que l’on laisse les antilopes en paix : je n’en ai jamais mangé. D’ailleurs, depuis que je suis en Afrique, j’ai entièrement renoncé à la viande et ne m’en porte pas plus mal. Maintenant je vais repartir vers l’est, retourner à l’endroit où j’ai trouvé un homme fossile autrefois. Ensuite je reviendrai à Tombouctou, puis je monterai dans un chaland sur le Niger, puis dans un chemin de fer, jusqu’à Dakar, puis dans un paquebot »…
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