Description
Belle et riche correspondance avec une amie.
Elle débute le 18 juin 1910, alors qu’il ne connaît pas vraiment cette mystérieuse « visiteuse de Roquebrune », qu’il a juste aperçue ; mais il a été ébloui par cette rencontre à Roquebrune, et séduit autant qu’intrigué par la beauté et les qualités de celle qu’il appelle « Madame Raison […] très sage, très tranquille, très bonne maman, très exacte maitresse de maison ». Il se réjouit qu’elle se soit souvenue de lui, et se montre très impatient de la rencontrer…
Cette correspondance amicale et empressée, sous la protection complice de leur amie commune Mme GERMAIN, se poursuit les années suivantes : entre la campagne et Paris, Hanotaux qui devient grand-père, qui est parfois accablé de travail, part en voyage de recherches (Belgique, Hollande), ou séjourne, notamment à la saison de la chasse, à la campagne au Pressoir par Pargnan (Aisne), ou dans sa propriété de l’Olivette à Roquebrune... Il s’inquiète régulièrement de la santé de sa correspondante et suit ses séjours en cure, etc. Nous ne pouvons en donner ici qu’un bref aperçu.
─ 1912.
• 8 février.
Il envoie des billets pour assister à la séance de réception de Denys COCHIN à l’Académie dont il prononce le discours…
• 28 février.
Anecdotes : il a déjeuné avec BARRÈS, ils étaient placés en face de JAURÈS, très amusant… Il la somme de guérir au plus vite :
« Je n’admets pas une minute que vous soyez malade, cela ne convient pas à votre genre de beauté et encore moins à votre caractère »…
• 8 mars.
Réflexions, « sermon » sur la vie :
« Les chaînes sont lourdes ; mais la liberté est parfois plus lourde encore. Dans votre solitude, vous vous creusez vous-même […] la vie s’arrange et c’est encore elle qui est la plus forte, en attendant la mort qui a le dernier mot »…
• 24-28 septembre.
Il se sent assez déprimé : « Je suis accablé de travail ; je n’aboutis à rien, et je vois l’horizon assez vide devant moi. […] Oui, je suis découragé et même très ennuyé.
[…] vous savez à quel point mes “succès” et une vie extérieure m’intéressent peu. J’agis parce que j’ai besoin d’action. Mais, ce n’est pas cela qui fait le fond de moi-même. J’avais rêvé une organisation de vie tendre, confiante, douce au cœur et à l’esprit […] et je me suis trompé. C’est un grand deuil que le deuil de l’espoir. Voilà ma peine.
[…] RODIN est chez moi, je reçois beaucoup de monde ces jours-ci ». Conseils pour trouver un parti à sa fille aînée, qui devient une « petite dame »…
• 5 octobre,
inquiétudes sur la politique et l’économie européenne…
• 7 octobre.
Il est toujours très embarrassé pour lui donner son avis sur la politique mondiale :
« La Russie, après s’être jetée en avant un peu inconsidérément, paraît décidée à reculer devant l’Autriche. S’il en est ainsi tout rentrera dans l’ordre et l’Autriche (appuyée par l’Allemagne) aura repris le dessus définitivement dans les Balkans. Les petites puissances n’oseront pas attaquer ». Il s’inquiète du silence de l’Angleterre…
• 14 octobre.
La situation est toujours aussi confuse, mais il pense que l’Angleterre travaille avec l’Allemagne ; il promet de soutenir la candidature du père de son amie s’il se présente à l’Académie…
• 24 octobre.
Confidence de RODIN : « “mes meilleurs bustes ont été refusés ou désavoués par les personnes représentées ou leurs familles” »…
• 1er novembre.
La défaite des Turcs va compliquer les choses : « Nous passerons par de mauvais moments – tout en disant que j’espère toujours en la sagesse de notre gouvernement »…
• 6 novembre.
Le jeune peintre Gabriel GIRODON, protégé d’Hanotaux, a fait le portrait de la dame et de ses filles, mais elle n’en est pas satisfaite du tout. En politique, il semble que les choses s’arrangent « car personne ne veut la guerre. Il y aura encore un momen de friction entre l’Autriche & la Serbie au sujet de l’Albanie »…
• 17 novembre.
Il a montré les portraits de Girodon à RODIN et au sculpteur R. Germain : leur impression à tous trois est que ces œuvres sont pleines de mérite. Le meilleur est son portrait, auquel Rodin trouve un caractère antique, « vous étiez vivante devant moi.
[…] Le portrait d’Hélène est d’une vivacité extrême […] celui de Lili un peu plus lourd »…
• 18 novembre.
« Pour mon portrait, il a fallu plus de soixante poses à Benjamin CONSTANT en pleine maturité, et il est loin d’être parfait. Trois têtes et six mains en huit jours c’est un tour de force »…
• 23 novembre.
« Comme je le dis depuis le début, il se joue entre les grandes puissances une partie infiniment plus importante et plus difficile que celle qui est engagée entre les petites. J’espère encore qu’on évitera les grandes complications ; mais cela tient à un fil »…
─ 1913.
• 5 mars Il attend de ses nouvelles, persuadé « que notre belle amitié continuera à maintenir entre nous la plus intime confiance. Vous connaissez assez madame Hanotaux pour l’apprécier et elle vous demande, comme je vous la demande pour elle, votre affection ».
En politique tout va bien et il se réjouit que le monde fasse un accueil de reine à Mme Poincaré et que l’armée se reconstruise si vite :
« Quel régime aurait fait mieux et plus vite ? »…
─ 1914.
• 3 janvier.
« Votre amitié a été et restera toujours pour moi un encouragement dans la vie et une récompense »…
• 7 janvier.
Tristesse à la mort de leur grand ami le Duc de ROHAN…
• 2 mars.
Déjeuner à l’Olivette avec Rodin, Bac, Bussy : « cela fait un ensemble amusant », et il ne manquait qu’elle. « La politique va de plus en plus mal. […] Les divisions des chefs et le manque de discipline ont tout perdu »… 3 avril. Très intéressante et longue lettre politique, et sur l’assassinat de CALMETTE…
• 15 juillet.
« Pour les affaires publiques, on porte toujours le noir et j’avoue que mon optimisme commence à recevoir une forte tape. Il est difficile de prévoir les lendemains, avec ces contrastes d’un président reçu en toute amitié par le Tzar & d’un parlement socialiste qui prend son ministre à la gorge au moment où il l’accompagne »…
• 15 septembre.
« Les nouvelles de la guerre sont un grand soulagement. Pourtant, il faut encore attendre pour chanter victoire ». Il était inquiet de ne pas avoir de nouvelles de son fils, au combat en Belgique, dans l’Aisne et dans la Marne.
« Je travaille jour et nuit pour toutes nos œuvres et mes collaborations »… Etc.