Lot n° 962

JAURÈS Jean (1859-1914) homme politique. Manuscrit autographe signé « Jean Jaurès », Notre crise [5 octobre 1906] ; 12 pages in-fol.

Estimation : 1000 / 1500
Adjudication : 1 235 €
Description
Sur les difficultés financières de L’Humanité.

« Voilà bien des mois que je lutte contre les difficultés les plus graves pour soutenir ce journal. J’ai pu y réussir jusqu’ici, grâce au concours admirable d’amis désintéressés et au dévouement infatigable de tous nos camarades de l’Humanité. Maintenant, nos forces sont à bout, et si nous ne recevons pas une aide immédiate, nous succomberons au fardeau. Certes, ce journal représente déjà une force politique considérable, et qui irait grandissant à mesure que grandit le Parti socialiste. Il représenterait aussi une valeur commerciale sérieuse si nous avions du temps devant nous. Le journal, en ce moment même qui est une période de morte-saison pour les journaux politiques, vend tous les jours trente mille exemplaires, dix mille à Paris (sans compter la banlieue), dix-sept mille en banlieue et province, et il a trois mille six cents abonnés. C’est un chiffre bien faible à côté des tirages énormes de la grande presse d’information. Mais quand on songe aux difficultés inévitables que rencontre pour son développement un journal purement politique, qui n’est qu’à quatre pages et qui n’est pas outillé par de vastes capitaux, il faut reconnaître que c’est un résultat important. Malheureusement, un déficit d’environ treize mille francs par mois pèse encore sur nous, et en s’accumulant nous écrase. […] les charges présentes nous accablent, et nous sommes dans l’impossibilité matérielle et morale de continuer ».
Des concours financiers ont été proposés, mais assortis de conditions inacceptables.
« Il vaut mieux que nous disparaissions, si la vie est à ce prix, et que nous préparions la liquidation du journal dans des conditions honorables pour lui et pour nous. C’est pour moi et mes collaborateurs une douleur profonde de voir avorter l’effort de travail et d’intégrité que nous avons fait ici depuis deux ans et demi. Ce journal s’est associé aux grandes luttes d’émancipation laïque. Il a travaillé à l’œuvre si féconde de l’unité socialiste. Dans la grande bataille de mai, il a su concilier: l’énergique affirmation socialiste et prolétarienne et le devoir républicain. Toujours il a dénoncé les manœuvres ou les entraînements qui pouvaient compromettre la paix ; il s’est associé à tous les efforts de libération des peuples opprimés et du prolétariat exploité.
[…] nous sommes à bout de ressources. Pour moi, qui ai mené depuis plus d’un an, sous le fouet d’incessants soucis, une vie terriblement dure, je puis me rendre ce témoignage que je cède, non par lassitude ou lâcheté, mais à la dernière extrémité. Avant tout, nous devons sauvegarder notre intégrité politique, et morale »...

─ On joint
• un manuscrit d’un auteur non identifié, L’affaire Dreyfus. Le Bordereau (41 p. petit in-4).
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