Lot n° 1097

MIRABEAU Honoré-Gabriel de Riquetti, Comte de (1749-1791) le grand orateur des débuts de la Révolution. MANUSCRIT autographe (fragment), [Le lecteur y mettra le titre, Amsterdam 1777] ; 4 pages in-4 (quelques petites corrosions d'encre).

Estimation : 3 000 - 5 000 €
Adjudication : Invendu
Description
Fragment de sa défense de la musique instrumentale.

[Dans cette brochure anonyme, Le lecteur y mettra le titre («Londres 1777», 96 pages), Mirabeau défend en particulier la musique du violoniste, compositeur et chef d'orchestre napolitain Ignazio RAIMONDI (1735-1813), dont le nom est ici écrit en clair (il sera réduit à son initiale dans le pamphlet).

Le manuscrit présente de rares ratures et corrections. Son texte correspond à celui du milieu de la p. 17 jusqu'à la première ligne de la p. 24 de l'imprimé, avec des variantes mineures, et des lignes non retenues dans la version éditée.]

Il faut se poser les questions suivantes : «La musique est-elle un art aussi frivole, aussi borné, aussi inutile qu'affectent de le penser ceux qui ne la connoissent point ? La musique instrumentale peut-elle exprimer des passions et exciter des sensations déterminées ? Est-il possible de faire une bonne composition de musique instrumentale, sans s'être proposé de peindre un objet déterminé ? Quelle est la différence de l'art du Poëte à celui du musicien ? Quelle est celle des sensations qu'ils excitent ? Que se doivent-ils l'un à l'autre ? Que peuvent-ils indépendemment l'un de l'autre ? Ne peut-on pas soutenir que les bornes de la musique instrumentale sont moins resserrées que celles de la musique vocale ?»...
Mirabeau rappelle le rang égal de la musique, la poésie et la danse, dans la Grèce antique (Strabon, Plutarque), et, dans quelques lignes non retenues, constate que Platon admet «des musiciens dans sa république dont il bannit les poëtes. Il savoit que le triomphe de ceux-ci est d'inspirer ou d'enflammer les passions que Pithagore appaisoit par le son de sa lyre» (avec note renvoyant à Sénèque, De ira). Il cite aussi le décret des éphores bannissant Timothée le Milésien pour avoir ajouté des cordes à la lyre... Suit ce paragraphe intéressant, resté inédit : «Les Hebreux qui tenoient du ciel même leurs loix et leur culte, tout l'Orient, la sage Egypte, et la Grèce orgeuilleuse employerent à l'envi la musique à fixer dans la mémoire des événemens mémorables ou d'importantes maximes, à élever l'ame par les émotions des sens jusqu'à l'adoration de la divinité. Les Lévites portoient au dieu d'Israel leurs hommages dans cette langue universelle à l'usage de tous les êtres sensibles ; les mages de Perse et les ignicoles invoquoient le soleil au son de leurs lyres d'argent, le Brachmane, saluoit l'aurore sur les bords du Gange par des chants solemnels. Hermès Trismégite, Orphée, le dernier Zoroastre, tous les fondateurs de sociétés, tous les instituteurs de religions ont eu recours à cet art enchanteur pour accréditer leurs leçons et leurs dogmes ; sans doute ils en connoissoient l'irrésistible empire»..
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