Lot n° 1099

MONNIER Sophie Richard de Ruffey, Marquise de, dite Sophie MONNIER (1754-1789) maîtresse de Mirabeau. L.A.S. «Sophie Gabrielle», 30 mars [1779, à MIRABEAU] ; 2 pages in-4 très remplies d'une écriture serrée, avec quelques passages chiffrés.

Estimation : 1 000 - 1 500 €
Adjudication : 2 340 €
Description
Longue et belle lettre à son amant emprisonné.

Elle fait état de ses envois, y compris de la copie d'une lettre de sa mère. «Merci bon a. Rêve donc ! tu as fait des merveilles de lui montrer qu'il ne sait ce qu'il dit, ils n'en ont donné un de cousins, mais qui ne vaut rien, et puis en effet les affaires vont très vitte par eux pour que l'on soit tentée de s'y adresser ; d'ailleurs il ne devroit pas avoir une si grande peur que tu fasse reconnaître ma fille pour être Mon... Il sait bien que ce n'est pas ton désir, je ne consoit pas comment il pourroit préferer le mémoire de Ch. au tien par toutes 6 mille raisons, surtout après la manière dont tu l'as arrangé par lui ; point point de leur chartre privée, prison pour prison, ce n'est pas la peine de quitter celle où nous nous écrivons, et j'aurois peur d'ailleurs que ce ne fut pas une sauvegarde suffisante contre le procès Monnier, qui ne sera rien à ce que je vois le jour que ton père voudra, mais qui est encore beaucoup dans le moment présent»... Elle se réjouit de son portrait, qu'elle pourrait faire passer pour «être celui de mon frère, de mon père même ou de mon patron» : «n'est-ce donc pas toy, qui doit memener au paradis, et me faire voir les cieux ouverts ?»... Elle avait compté si elle avait eu son buste, «d'y faire mettre simplement un St Esprit, et de dire que c'étoit celui du prince de Condé. Personne n'en auroit douté... La St S. n'est pas dévote, mais elle est prude, [...] fort sotte, il n'est pas mal imaginé de les intéresser au procès, surtout dans ce parlement où tout se fait par compère, et par commère [...] Où Mr LE NOIR va-t-il donc demeurer à cet heure ! [...] Je ne suis pas trop fachée que mes écritures soyent finies avec celui-ci, [...] je le haïs si fort qu'il me coute de lui dire des choses honnêtes»...
Puis elle parle de Jean-Jacques ROUSSEAU dont on prétend qu'il «n'a pas été amoureux de sa femme, en effet comment l'auroit-il été d'une telle espèce, mais qu'il l'avoit épousé pour prouver que tous les états devoeint être égaus, il l'a mal prouvé, je crois moy que cela ne sera jamais bon que le peuple recevoit une éducation semblable à la notre car c'est presque l'éducation qui fait les hommes quoiqu'elle ne les fasse pas entièrement [...] je crois que le caractère et surtout l'esprit du père et de la mère peuvent beaucoup influer sur celui des enfans. [...] Les écrits de J.J. Rousseaux prouveroient seules, indépendamment de sa conduitte qu'il étoit loin d'être dur, qu'il avoit au contraire l'ame sensible, pour égoïste et misantrope il lui auroit été bien pardonnable de l'etre, il n'étoit pas payer pour aimer les hommes. Comment n'en prendroint-on pas bientôt en haine, quand on en a tant trouvé de méprisable, je n'ai ni l'age ni l'expérience de J.J. mais en vérité sans l'amour je tendroit fort à la misanthropie, l'amour me donne du goût à la vie, aux gens et aux choses qui t'intéresses, et que tu aimes. Je suis en colère de ce que tant de gens se procure la statue de VOLTAIRE, et que personne ne recherche celle de celui-ci. Ah ! si jamais nous en avons ce sera la sienne ! Je conviens mon tendre ami que la haine n'ôte rien à la vertu ni au génie, mais elle rend malheureux ceux qui ce loront attiré, ne vaudroit-il pas mieux je ne dis pas être moins vertueux mais moins briller, une vie heureuse, tranquille, et ignorée n'est-elle pas préférable à une gloire qui vous faisant respecter par quelques personnes vous font haïr et persécuté par tant d'autres»... Etc
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