Lot n° 1137

ENGHIEN Louis Antoine Henri de Bourbon-Condé, Duc d' (1772-1804) dernier héritier des Condé, il combattit dans l'émigration, et fut enlevé et exécutépar Bonaparte. L.A.S. (paraphe), 13 novembre 1795, à un chevalier ; 4 pages in 8.

Estimation : 1 500 - 2 000 €
Adjudication : 2 470 €
Description
Très rare et intéressante lettre sur l'armée des émigrés.

Il n'y a rien de nouveau en Allemagne, entre les armées républicaine et autrichienne : «WURMSER s'endort devant Manheim. La grosse artillerie y est arrivée et est en batterie mais elle ne dit mot. On attend peut-être l'affaire générale de PICHEGRU avec CLAIRFAYT, qui doit avoir lieu très incessement, et qui decidera de tout. Pichegru a 60 000 hommes il tient depuis Worms jusqu'à Neusttat ; quel beau champ pour la cavalerie Autrichienne d'autant qu'il y a du decouragement dans ses trouppes, et une grande ardeur chez les Autrichiens». [Pichegru, commandant l'armée de Rhin-et- Moselle, avait pris Mannheim en septembre ; mais, battu par Clerfayt à Heidelberg, il laissa reprendre Mannheim par les Autrichiens.]
Enghien se plaint de ne pas pouvoir participer à ces «brillantes affaires. Enterrés au fond de notre Brisgau, nous sommes membre inutile d'une armée victorieuse, c'est une triste position pour qui a de l'ambition». Il voulait participer au siège de Mannheim, mais son grand-père [le Prince de CONDÉ] a repoussé ses demandes : «C'est domage. Je me serois amusé comme un roi». Il a dû renoncer à ses projets et rester : «C'est cependant comme cela qu'on ne fait rien et qu'on apprend rien, et que les autres ne parlent pas de vous. Je suis dans le principe sans doutte qu'il faut être à sa place. Mais je trouve qu'un jeune prince dans ce siecle est toujours à sa place quand il est aux coups de fusils. [...] Voyez les Pces de Prusse, le Pce Louis Ferdinand, l'archiduc Charles, &c et tous ceux qui aujourdhui ont de la reputation parmi les jeunes gens. Sans doutte ils ont peutetre tort. Mais enfin pour qu'on dise de moi ce qu'on dit d'eux, il faut agir de même». Il espère que la situation à Carlsruhe rentrera bientôt dans l'ordre : «les françois ont encore deffense de retourner s'y établir et je scais que la bonne Princesse [sa maîtresse la Princesse de ROHAN] a du y faire un voyage pour lever le decret. Je ne crois pas que nous nous raprochions beaucoup de ces pays là cette année ; et j'ose esperer en la campagne d'hyver qui me parroit indispensable sous tous les rapports. Adieu l'amour quand Mars apelle»...
Il a eu des nouvelles de son père, qui a rejoint MONSIEUR à l'Île d'Yeu : «Tout va fort mal on n'espère à rien, et on s'attend d'un jour à l'autre a gagner le large pour retourner en Angleterre. CHARRETTE dit on ne peut faire un pas sans livrer une bataille qu'il perdroit infailliblement. Mon pere nous reviendra avant 6 semaines je n'en doutte pas. Il y a de la mauvaise foi Anglicanne sur jeu et nous commençons à nous en apercevoir par des difficultés inutiles». Il donne enfin des nouvelles de sa tante qui est arrivée à Turin et hésite à choisir le couvent où elle se retirera...

On a ajouté d'une autre main à la fin de la lettre un «extrait d'une lettre de l'armée de Condé 11 9bre 95»
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