Lot n° 114

SOUTINE (Chaïm).

Estimation : 1 500 - 2 000 EUROS
Adjudication : 1 600 €
Description
Lettre autographe signée « Soutine » au médecin, historien et critique d'art Élie Faure. S.l.n.d. 1 p. in-12, enveloppe. « Cher monsieur faure, excusez-moi d'aVoir tardé de Vous rendre le liVre de balsac, mais j'étais malade, sérieusement grippé. Bien sincèrement... » La compagne de Soutine dans les années 1937 à 1940, Gerda Groth a souligné dans ses mémoires que le peintre lisait les grands auteurs français comme Montaigne ou Racine (Mes années avec Soutine, 1973). Joint, une pièce concernant la location par Soutine d'un hôtel particulier, aux frais d'Élie Faure : « Reçu de Monsieur Sutine, la somme de cinq mille quatre cent cinquante francs en un chèque... au nom de Mr Faure à titre de commission forfaitaire sur la location de l'hôtel particulier que je lui ai procuré, 26 passage d'Enfert à Paris, et frais d'enregistrement du bail... » (Paris, 10 janvier 1930, 1 p. in-8 oblong dactylographiée avec ajouts manuscrits). Chaïm Soutine, qui changea souvent de logement, vécut de 1930 à 1936 dans cet hôtel particulier du quartier Montparnasse. « Vous étiez, Vous êtes encore, hors mes deux fils, le seul homme que j'aime » (Élie Faure à Soutine). Élie Faure, qui avait déjà remarqué son œuvre, rencontra pour la première fois Soutine au début de 1927. Il le considérait comme un génie « ivre de peinture », « le premier – de très loin – des peintres vivants », comme il l'écrivait et lui écrivait. Élie Faure accueillit Soutine chez lui, à Paris, à Bordeaux à la fin de 1927 et durant l'été de 1928, en Dordogne dans sa maison familiale durant l'été de 1929, à la suite de quoi il l'emmena en Espagne pour un voyage d'où Soutine revint enchanté. Élie Faure consacra une monographie au peintre en 1929 – la seconde à paraître après celle de Waldemar-George en 1926. Il lui acheta quelques toiles, dont un Bœuf écorché et une Volaille suspendue, et lui apporta un soutien financier en 1930. L'amitié qui liait les deux hommes était très forte, Élie Faure traitant Soutine comme un fils, mais une brouille les sépara au printemps 1930 : Soutine serait tombé amoureux de Marie-Zéline dite Zizou, la fille d'Élie Faure. Il en parla à ce dernier (qui semble avoir gardé le silence auprès de Zizou) mais tarda à se déclarer auprès de la jeune fille elle-même : quand il se décida enfin à le faire, celle-ci s'était entre temps engagée auprès d'un autre – d'où la furie de l'irascible peintre. Joint, le brouillon autographe signé de la réponse d'Élie Faure : « soutine (et non monsieur), Vous êtes d'une injustice atroce, que Vous regretterez – je l'espère pour vous – quand le calme sera rentré dans votre cœur. Nul ne vous a bafoué chez moi, nous avons été les uns et les autres victimes des circonstances et d'une imprudence commune où je ne vois rien qui puisse diminuer le respect que je vous garde et que vous me devez aussi... Est-ce là l'estime que vous inspirait ma fille ?... je Vous connais mieux que Vous ne Vous connaissez Vous-même, votre lettre n'existe déjà plus dans mon souvenir... Je ne souffrirais pas de votre abandon si je pouvais penser une minute qu'elle représente votre réelle nature. C'est en vousmême que vous chercherez le pardon de l'avoir écrite, et, j'aime à le croire, l'y trouverez. Ce jour-là, je vous accueillerai en homme chez qui "l'admiration" était devenue, depuis que je vous connaissais, le complément nécessaire de l'amitié. si, dans cette amitié, Vous n'aVez, Vous, senti que "l'admiration", ce serait pour moi une raison suffisante de Vous retirer l'une et l'autre, car cela me montrerait qu'il n'y aVait qu'un peintre exceptionnel là ou j'aVais cru trouVer un homme. et ce ne serait pas tant pis pour moi, mais tant pis pour Vous. jusqu'au jour – que j’espère proche – ou Vous Vous aperceVrez que l’humilité est la conquête même et le refuge de l'orgueil... Je vous attends donc avec confiance, des mois et des années s'il le faut. Vous étiez, Vous êtes encore, hors mes deux fils, le seul homme que j'aime... J'ai 57 ans. Je disparaîtrai peut-être sans que vous m'ayez pardonné le mal que nul chez moi n'a voulu vous faire, et dont je vous pardonne, moi, la vilaine interprétation. Mais si je meurs sans que vous soyez venu me dire que vous vous êtes trompé, non pas sur mon compte, mais sur le vôtre même, ce sera l'âme tranquille, avec la conviction que vous regretterez un jour de ne pas être revenu vers moi. Et c'est dans cette conviction qu'est la preuve de l'affection, du respect et de "l'admiration" qu'il ne dépend que de vous que je persiste à vous accorder. de loin, Votre peinture me dira si Vous demeurez l'homme que je Vois encore en Vous. en attendant, je reste Votre seul ami, et Votre solitude est ma souffrance...» « au moment où L'on m'outrage, iL ne faLait pas parLer de penture... »
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