Lot n° 133

Sacha GUITRY (1885-1957)

Estimation : 400 - 500
Description
Manuscrit autographe intitulé Le public anglais. 4 pp. sur 5 ff. in-4, nombreuses ratures et corrections. Le public de Londres est assez différent du public de Paris.

D’abord il m’a semblé qu’il n’avait pas de prétention



Sur le succès de ses pièces à Londres



Sacha Guitry avait joué une première fois à Londres en mai-juin 1920, puis y revint en tournée avec son père à deux reprises, en juin-juillet 1922 et en mai-juin 1923.



« Il y a un an – jour pour jour – nous débutions à Londres. Mon émotion était très grande, ce soir-là…Il nous était absolument nécessaire d’être ”compris” pour plaire.

Nous n’apportions pas à Londres ce répertoire international et de tout repos que les grandes vedettes ont l’habitude de promener avec elles à travers le monde. Lorsque Madame Sarah Bernhardt, Madame Duse, Réjane, Novelly, Coquelin vont ou allaient à l’étranger, leurs répertoires se composaient ou se composent de comédies et de drames universellement connus et traduits. Toutes ces pièces contiennent des passages destinés à faire acclamer l’interprète principal qui les joue – de plus, la plupart d’entre elles se terminent par une mort ce qui est on ne peut plus international.

Mes pièces, hélas ! n’ont point ces qualités. Or, n’avais-je pas la prétention d’offrir au public anglais six comédies de moi ! Mon émotion pourrait être grande à juste titre. D’autant plus grande qu’on avait eu la bonté de me répéter bien souvent que mon théâtre semblait être exclusivement réservé non pas à la France, non pas même à Paris, mais à un certain public du cœur de Paris. J’avais toujours pensé que cette appréciation était peut-être inexacte puisqu’elle était formulée par des confrères à moi enclins à prendre leurs désirs pour des réalités – cependant j’avais très peur…

Le public de Londres est assez différent du public de Paris. D’abord il m’a semblé qu’il n’avait pas de prétention. Ce qui est une charmante qualité et un sérieux avantage sur le public parisien… Il pense – et combien il a raison de le penser ! – il pense que l’auteur a fait, et les artistes vont faire, l’impossible pour lui être agréable…

J’attribue la sympathie que le public de Londres a bien voulu nous témoigner à plusieurs causes :

1° Les pièces choisies n’avaient d’autre but que de distraire et d’amuser les spectateurs.

2° Les artistes qui jouaient ces pièces n’avaient pas d’autre but que de les faire valoir. »
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