Lot n° 150

Stéphane MALLARMÉ

Estimation : 2000 - 3000
Description
Deux lettres autographes signées [à Méry Laurent, 1893 et 1894], présentées sous une reliure petit in-12 carré, plein maroquin vieux-rose, dos lisse, titre doré au dos et au plat supérieur, le nom de l’auteur au dos, étui [Alix]. « Valvins, Dimanche soir [3 septembre 1893]

Tu es une personne inouïe. Quand le train te contient, il ne s’arrête pas ; et quand il s’arrête, tu y manques.

J’ai en vain cherché à toutes les portières et appelé Madame Méry Laurent, Élisa, rien.

Il n’y avait pas à se tromper sur le train malgré tes indications inexactes, puisque je l’ai pris jadis, suis descendu ici, te disant adieu, au retour de Royat. C’est l’express de jour de Clermont retour, en gare de Fontainebleau à 5h14. La veille j’avais été consulter le chef de gare… » suit une énumération de rendez-vous manqués faute d’indications précises.

Mallarmé, dépité, reprend ensuite : « …Tu n’es pas sans comprendre ma déception. J’avais une certaine envie de t’embrasser. Au lieu de cela, cette lettre, qui ressemble à un indicateur ; et que tu liras, c’est bien fait pour toi. Pourtant, j’avais été la veille, connaissant ton vague de voyageuse, trouver le chef de gare lui-même. Qu’est-il arrivé ?… Ah ! je te tire un petit peu les cheveux, va. Tu n’as pas un mot à répondre, sinon que tu es une dame à qui la précision dans les renseignements fait défaut. Je t’aime bien tout de même, mais ai vraiment de l’ennui. Je comptais sur vingt-deux minutes ensemble et refaire provision de toi. Je ne t’embrasse pas, avec plaisir, sur ce simple papier… »





« Honfleur, [10 juillet 1894]

Tu en auras soixante même [par référence à des crabes évoqués dans une lettre précédente, du même jour] ; et je recommande au plus gros de te pincer. Ils ne le sont pas, très gros, tu sais, c’est exprès, mais tendres, parce que cela convient au riz. Madame Mallarmé l’a dit. Nous allons aller en ville, voir, parce qu’il n’y en a pas toujours, et je mettrai le résultat au dos de l’enveloppe. Voilà que j’ai un œil rouge, affreux et ne puis guère lire : cela tient à ce qu’il y a aussi des meurtrières au Châlet. Tout irait à souhait, pourtant, n’était ma femme assez souffrante, je crois l’air d’ici trop puissant pour elle... »

Stéphane Mallarmé signe cette lettre verticalement, en marge, de son monogramme.



Méry Laurent (1849-1900) fut la maîtresse de Mallarmé vers 1874, elle tint un salon littéraire fréquenté également par Émile Zola, Marcel Proust et Édouard Manet don elle devint le modèle.



Nous remercions Bertrand Marchal dont l’aide a été précieuse pour la rédaction de cette notice.



Lettres à Méry Laurent, éd. établie et présentée par Bertrand Marchal. Gallimard, 1996, pp. 143-144 et 162-163.
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