à son en-tête (traces de rouille d’un trombone et petites taches) ; en anglais.
Importante lettre consacrée aux essais et démonstrations de vol réalisés avec son frère Wilbur, et aux travaux scientifiques de leurs devanciers
[Le journaliste Mark SULLIVAN commençait alors la publication d’une étude de la vie américaine, de 1900 à 1925, Our Times (6 vol.). Un extrait de la présente lettre figure dans le tome II, America Finding Herself, 1927.]
Sullivan demande pourquoi le public remarqua si peu les vols des frères Wright en 1903, ne réalisant qu’en 1908 qu’un vol d’homme avait été réalisé. Il croit que c’est surtout dû au fait que le vol d’hommes était généralement regardé comme une impossibilité, et que presque personne n’y a cru, tant qu’on ne l’avait pas vu de ses propres yeux. Seuls quelques témoins, probablement moins d’une douzaine, ont vu ces premiers vols de 1903. En 1904 et 1905 le nombre de témoins avait crû à cent ou deux cents ; en 1908, à des milliers. Des centaines de personnes lui ont dit qu’ils ont vu la première démonstration réelle du vol mécanique. Mais comme presque jamais deux d’entre elles n’avaient vu le même vol, il en a conclu que presque personne n’y croyait, tant qu’il n’avait pas, de lui-même, vu de vol. Cela l’amuse, que presque tout le monde croit maintenant avoir toujours cru dans cette possibilité, et que beaucoup s’imaginent qu’avant 1903, ils avaient prédit sa réalisation de bonne heure ! à l’époque, on n’en trouvait pas une demi-douzaine…
Comme Sullivan a l’intention de traiter assez complètement l’invention de l’avion, Wright souhaite qu’il examine de près un mythe de longue date : que Samuel LANGLEY serait l’auteur des recherches scientifiques sur lesquelles fut fondées la première machine volante porteuse d’hommes qui réussît. Ce mythe remonte à des publications du Smithsonian Institute qui ont fait un usage malhonnête d’une lettre des frères Wright à Octave Chanute, à l’époque du décès du professeur Langley. Il en cite des extraits, pour prouver qu’ils avaient loué l’inspiration de Samuel Langley et ses recommandations de lecture, mais non ses expériences aérodynamiques en lesquelles ils n’avaient nulle confiance. Il souligne les limites du travail de Langley, qui avait même postulé que plus la vélocité était grande, moins on aurait besoin de puissance pour soutenir le vol – tout à fait le contraire de la réalité ! Wright démonte l’exposé de Langley publié dans ses Experiments in Aerodynamics, fondé non sur des résultats, mais sur ce que Langley présumait…
Otto LILIENTHAL fut leur inspiration effective : son travail constitua une contribution bien plus importante, en valeur scientifique et en inspiration. Il y a quelques autres auxquels ils doivent plus qu’à Langley, et à qui Orville espère rendre justice, quand il rendra compte de leur propre œuvre…