Lot n° 530

CHAMFORT Sébastien Roch Nicolas (1740 1794) écrivain et moraliste [AF 1781, 6e f]. —

Estimation : 1 000 - 1 200 EUR
Adjudication : 1 170 €
Description

L.A.S. «C», Paris 27 septembre [1790], à l'Abbé Gabriel BRIZARD ; 2 pages et demie in8 (angle déchiré pour ouvrir la lettre sans perte de texte).

Belle et rare lettre.

Il s'adresse tout d'abord à «Monsieur l'Abbé», puis se reprend :

«j'oubliois qu'il y a un decret et plus d'abbé, Monsieur donc sans plus, et je ne sais ce que veut dire ce mot Monsieur, la seconde legislature nous l'expliquera vraisemblablement»... Il le remercie des renseignements contenus dans sa charmante lettre... «la paresse ou la philosophie (c'est souvent la même chose, mais non pas cette fois ci) trouvent également leur compte à de certains developemens qui font venir de très heureuses idées»... Puis il parle du livre de Brizard que ce dernier a lu à l'Académie Française [Discours historique sur le caractère et la politique de Louis XI] : «la manière dont le tems passe dans l'année 1790 ne m'a pas permis de lire encore votre ouvrage sur Louis XI [...] sur la seule étendue de l'ouvrage, j'aurois osé vous predire quil n'auroit pas le prix. Il est presque impossible que de longs developemens fassent effet dans une seance academique.
J'ai souligné ce mot et vous savez qu'academiquement parlant, il est sacramental, ce qui ne veut pas dire qu'un ouvrage ne puisse être très bon dans la lecture tranquille du cabinet et c'est bien ce que j'attends du vôtre». Il évoque la sévérité de Brizard envers DUCLOS dans sa préface, cependant il la trouve justifiée :                                                                                      

«C'est de quoi j'avais le sentiment confus lorsque dans une Epitre familiere, j'ecrivois sur lui Frondeur et bas, il vous brusque et vous flatte j'avois démêlé son petit manege et j'avois peint l'homme dans une douzaine de vers pour lesquels je fus rudement tancé par un grave mentor qui pretendoit qu'avec mes facons de faire je courois a ma ruine. Les jeunes gens d'alors (j'etois du nombre) avoient ainsi que ceux d'a present quelques bonnes idées qu'on remarquoit, en les menacant d'etre pendus ; cette menace reussissoit alors, car le coup étoit dans les cartes. Aujourd'hui il ne paroit plus y etre... à moins qu'on ne fasse la maladresse de laisser reprendre les cartes dans le talon. Ce qui ne seroit pas constitutionnel»...

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