Lot n° 7

(MANUSCRIT). Règlement et Directoire de la Superieure. In-8, veau brun, dos à nerfs orné, encadrement de triple filet à froid sur les plats, coupes ciselées, 2 cachets de bibliothèques (Reliure de l’époque).

Estimation : 1 400
Description

224 pp., (3) ff. Important manuscrit de l’extrême fin du XVIIe siècle ou tout début du XVIIIe siècle qui prescrit les devoirs de la Supérieure de la communauté des Filles de Sainte-Geneviève dites « Miramiones » du nom de leur fondatrice. En 1636, une pieuse fille, Mlle de Blosset, fonde la communauté des Filles de Sainte-Geneviève, qui est réunie en 1665 à communauté de la Sainte-Famille que Mme de Miramion avait fondée de son côté en 1662. La nouvelle communauté garda le nom de Filles de Sainte-Geneviève mais fut tout de suite connue sous le nom de Miramiones du nom de sa fondatrice. Mme de Miramion avait fait grand bruit, bien malgré elle, lorsque jeune veuve, elle avait été enlevée par Bussy-Rabutin. Traumatisée par cette aventure scabreuse, elle avait fait vœu de ne pas se remarier et de se consacrer aux bonnes œuvres. Elle installa sa communauté dans un hôtel qu’elle avait fait construire au 47 quai de la Tournelle sur la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Cette communauté « séculière et paroissiale » (p. 124), qui se consacrait à l’enseignement des pauvres et aux soins des malades, reçut ses constitutions en 1674, et Mme de Miramion en fut la Supérieure jusqu’à sa mort en 1696. Ce « Règlement et Directoire de la Supérieure » développe largement les devoirs de celle-ci tels qu’ils sont décrits dans les Constitutions de l’Ordre.

On peut penser que Mme de Miramion participa à son établissement s’il elle n’en est pas l’auteure unique. Le manuscrit se présente en une série de chapitres qui embrassent l’ensemble de la vie de la communauté et des relations de la Supérieure avec ses sœurs : De ses devoirs particuliers envers elle-même De sa conduite envers le Supérieur Causes pour lesquelles la Supérieure peut et doit demander la déposition du Supérieur Touchant la visite (du Supérieur) Touchant le Confesseur Envers la Supérieure déposée Des Constitutions et Règlements Des dispenses qu’elle donnera De sa conduite envers les sœurs Des commandements Permissions que la Supérieure peut donner à quelques sœurs même pour quelque temps en ayant cause raisonnable Du soin de la santé des sœurs Du soin des sœurs infirmes et malades De la conduite de la Supérieure envers celles qui ne seraient malades que d’imagination De sa conduite envers celles qui ont des grâces extraordinaires Du soin de l’union entre les sœurs etc…

Les sœurs vivaient dans un « couvent sans clôture » et la Supérieure devait être vigilante à ce que la clôture ne lui soit pas imposée. Ainsi le Supérieur pouvait être déposé :« S’il voulait introduire la clôture religieuse, ou d’autres choses fort extraordinaires, soit dans le spirituel soit dans le temporel […] S’il agissait avec une dureté et des emportements excessif qui allassent à maltraiter de paroles injurieuses, ou autrement […] ».

La communauté allait ainsi à contre-courant du grand mouvement entrepris dès le début du XVIIe siècle pour imposer la clôture à l’ensemble des communautés religieuses, principalement, de femmes. La Supérieure est un modèle pour ses sœurs : « Il faut qu’on puisse regarder une Supérieure comme son modèle et sa règle vivante. Il faut que sans parler, elle puisse être une censure du mal et une puissante exhortation au bien […] Il faut ainsi parler peu et faire beaucoup ; ce sera le moyen d’obtenir la bénédiction du Ciel sur son gouvernement, de gagner le cœur de ses sœurs, d’attirer leur amour et leur confiance. » Douceur et fermeté : « Il lui faut encore de la fermeté pour maintenir les règles et les usages, pour s’opposer aux dérèglements dès leur naissance » « Mais l’âme du gouvernement doit être la charité, la douceur, l’affabilité, la patience et la condescendance même à l’égard des fautes de ses sœurs, de sorte que ce soit la seule nécessité qui fasse user de fermeté ». « Elle n’entreprendra point de pénitences, d’austérités, ni de mortifications extraordinaires sans sa [Supérieur] permission expresse qu’elle ne demandera que dans les cas auxquels elle en permettrait elle-même à d’autres sœurs. Elle aura assez de mortifications intérieures et extérieures attachées à sa charge, si elle les porte avec joie, et si elle préfère le repos et les intérêts de ses sœurs à son repos et à ses intérêts propres. » « Toutes les sœurs n’ayant pas une capacité égale pour le spirituel, elle ne demandera pas de chacune une égale perfection, et elle ne les conduira pas d’une même sorte […] »

Confesseur et Supérieur : Les Miramiones étant une communauté paroissiale, la Supérieure devait choisir le confesseur des sœurs au sein de la paroisse de Saint-Nicolas-du Chardonnet. « Si le confesseur se relâchait par trop, ou s’il se rendait extraordinairement sévère, s’il voulait se rendre le maître absolu de la conduite extérieure au préjudice de la discipline de la maison […] la Supérieure lui donnera les avis nécessaires, ou priera le Supérieur de les lui donner, et s’ils sont inutiles, elle délibérera sur le choix d’un autre […] » « Elle pourra lui [Supérieur] représenter selon les occasions qu’il est à propos qu’il ne confesse pas dans la Communauté que fort extraordinairement, afin de demeurer en liberté de reprendre et d’avertir la Communauté et les sœurs, sans pouvoir être soupçonné de se servir des confessions. » « Elle priera les sœurs de ne rien cacher au visiteur de ce qui la regarde et de lui dire avec toute liberté les manquements qu’elle auront reconnus en elle, afin qu’elle les puisse corriger. » « Elle ne dispensera jamais toute la communauté de quoi que ce soit, ni les sœurs en matière d’importance pour un long temps que par le jugement du Supérieur qu’elle sera tenue de suivre […] » Une charge élective : Seule Mme de Miramion fut Supérieure à vie. « La Supérieure doit avoir toute l’union possible avec celle qui la précédée dans cette charge et lui rendre des témoignages de respect et de confiance qui paraissent à toutes les sœurs […] Comme elle n’est pas perpétuelle, elle doit attendre de celles qui lui succéderont le même traitement dont elle aura usé envers celles qui l’ont précédée, par un juste jugement de Dieu et selon sa parole […] » Vie des sœurs Le travail des sœurs de Sainte-Geneviève était particulièrement dur et des études historiques récentes ont montré qu’elles vivaient beaucoup moins longtemps que les religieuses cloitrées. La Supérieure devait être attentive à leur état de santé : « Il est à craindre que l’on ait beaucoup d’infirmes de la poitrine à cause du travail des Ecoles, de l’Infirmerie des pauvres et des autres emplois, si l’on n’a pas un très grand soin de celles qui y seront occupées, et si l’on ne les oblige se de relâcher et de se récréer dans les temps portés par le Règlement et même extraordinairement […] » Les officières de la communauté Des chapitres particuliers sont consacrés aux relations de la Supérieure avec les différentes officières de la communauté : Assistante, Conseillères, Econome, Portière… dont les attributions et devoirs sont longuement décrits dans les Constitutions.

Il était prescrit à la Supérieure de s’appuyer sur elles et d’écouter leur avis. Ce beau manuscrit, très soigneusement calligraphié, ENTIÈREMENT INÉDIT, constitue une importante contribution à l’histoire de cette communauté charitable parisienne qui ne disparut qu’à la Révolution.

VENTE A PRIX MARQUES

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