Lot n° 279

SUCHET Louis Gabriel (1770 1826) Maréchal, duc d'Albufera

Estimation : 250 - 300 EUR
Adjudication : 922 €
Description
L.A.S. «Louis», Saragosse 5 décembre 1809 au soir, à son frère Gabriel
SUCHET; 4 pages in-4, en-tête manuscrit «Armée d'Espagne. 3e Corps» (trous et galeries de vers).
Intéressant témoignage sur l'Espagne et les Espagnols, par le général victorieux, gouverneur de l'Aragon.
Sa chère Honore [sa femme Honorine] part demain, et la séparation l'afflige, mais s'impose: elle ramène son frère [François-Auguste Anthoine de Saint-Joseph] «arraché à la plus désolante captivité», et elle porte en elle le fruit de leur union. Il fait l'éloge des qualités de cet ange, puis parle de la situation locale: «L'Empereur vient de nouveau de me faire adresser des félicitations, [...] S.M. est dans l'intention de me donner des marques de sa bienveillance. [...] Je continue à guerroyer, je suis tous les jours aux prises, et dans chaque occasion j'ai grand soin de faire connaître par des ordres du jour imprimés, la conduite de chacun, cette mesure est indispensable pour entretenir l'émulation d'un corps, chez qui tout était presqu'éteint; heureusement que les choses ont bien changé de fait, pour t'en faire juger je t'adresse copie de mon dernier rapport à l'Empereur, je ne lui parle ni de mes operations mes ni de mes mesures politiques, je me borne à entrer dans [des] détails qu'il aime à connaitre et qui sont propres à lui plaire. Je ne te dirai qu'un mot sur l'Espagne, il est urgent que l'empereur connoisse l'etat dans lequel se trouve le royaume, car lui seul par son génie peut le tirer de la profonde anarchie dans laquelle il est plongé, il faut tout reconstituer, et cependant il est également pressant de combattre et de prendre beaucoup de places. Notre auguste Empereur s'est tiré avec autant de gloire que d'avantage de la dernière lutte, elle était bien difficile sans doute: j'avoue, que je la crois en dessous de celle qui lui reste à faire. Brûle ma lettre après l'avoir lue et sois bien persuadé que de mon coté je suis décidé à me roidir contre tous les obstacles, et à prouver à l'Empereur que j'ai la volonté et la force de le seconder»... Il invite Gabriel à lire le récit de la captivité d'Anthoine: il y découvrira «le peuple le plus crédule, le plus exaspéré et le plus barbare. Il n'est sensible qu'à ce qui peut regarder un Espagnol mais tout autre sentiment lui est étranger, quelle distance il existe entre la France et la péninsule, tout ce que l'on peut en dire est au dessous de la vérité. L'ignorance, la fureur et le désir de la vengeance voila ce qui anime la presque totalité de la population.
L'emp. seul, je le répète, peut arracher ce beau pays, à tous les maux qui le dévorent»...
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