Lot n° 224

COCHINCHINE. René de CORNULIER (château de Lucinière (Loire-Atlantique) 1811 1886), …

Estimation : 2 000 - 3 000 EUR
Description
COCHINCHINE. René de CORNULIER (château de Lucinière (Loire-Atlantique) 1811 1886), contre-amiral, commandant de la division navale des mers de Chine en 1869, il est nommé gouverneur et commandant en chef par interim de la Cochinchine (du 8 janvier 1870 au 1er avril 1871). 52 lettres autographes signées à son épouse, la plupart à l'entête « Cochinchine française Cabinet du Gouverneur Commandant en chef ». Saïgon, janvier 1870 mai 1871. 211 pages in-8.
Passionnante correspondance couvrant toute la période de sa gouvernance de la Cochinchine, période de grande instabilité qui vit la France basculer du second Empire à la guerre contre la Prusse, du siège de Paris à la Commune puis l'instauration de la République.
L'amiral raconte tout son quotidien avec de très nombreux détails ; il aborde aussi bien les questions diplomatiques et protocolaires, que les états d'âme de sa vie de gouverneur.
Citons le début de la première lettre, datée du 9 janvier 1870, lendemain de sa prise de fonction, qui donne un très bon aperçu du ton et de l'intérêt de cette correspondance. « Chère amie, si vous étiez ici, nous causerions, vous n'y êtes pas, il faut donc que je vous écrive. Hier samedi matin, je débarquais au bruit du canon et ce matin j'ai pris les rênes du gouvernement. A cause du dimanche, j'ai remis à demain les visites du corps. Mon premier acte a été d'aller à la messe militaire, puis j'ai passé la revue des troupes commandées par le colonel de Trintenian (?), une batterie montée, deux bataillons et quelques spahis. Delà, je me suis rendu, toujours en calèche, à bord du vaisseau Le Pharaon d'où j'ai vu l'état major et l'équipage. J'y ai fait arborer mon pavillon et j'étais de retour à l'hôtel à 9 heures du matin. Ici par hygiène on ne sort pas le jour. En général on fait la sieste, mais je ne veux pas m'y tenir et comme j'ai beaucoup à travailler cela se trouve à merveille.
Ce soir j'ai rendu visite au général, et à l'évêque Mgr Miche [Jean-Claude Miche 1805-1873] un petit vieillard qui est en Cochinchine depuis 35 ans sans avoir quitté ce pays. C'est une allumette en soutane violette. Georges a pris ce matin ses aiguillettes, et je l'ai spécialement chargé de ma maison. Figurez-vous que j'ai des domestiques de toutes les couleurs. Christophe et Louis se pavanant comme de riches bourgeois ont de belles chambres avec toilettes et grandes glaces. Ils n'avaient jamais rien rêvé de pareil, Ferdinand a deux pièces pour lui et une douzaine de marmitons. Dans l'écurie j'ai deux attelages à 4, un bai et un gris, le premier arabe, le second manisois (?). Plus un bel arabe de selle qui va devenir mon plus cher ami. Il y a en outre un cheval de selle pour chaque aide de camp, j'en ai pour le moment 5.
Tous les jours j'ai ma maison militaire et le chef de mon secrétariat à ma table.
10 janvier. J'ai reçu ce matin la visite officielle de tous les corps. J'ai pu voir que je pouvais bien marcher. Ce soir j'ai rendu la visite aux chefs de service. Demain je ferai une visite aux femmes [] au nombre de 35. J'attends à être un peu plus ancien dans le pays pour faire des invitations. En ce moment la chaleur n'est pas fatigante. Cependant on ne sort pas avant 4h. J'ai fait ma visite au clergé, qui est tout de missions étrangères aux soins de la sainte enfante qui ont ici un bel établissement, aux carmélites qui font ici des prosélytes. Je travaille beaucoup pour me mettre au courant de cette vaste machine mais mon premier but est d'améliorer la situation des matelots et des soldats. Cela va marcher rondement. J'espère laisser ici une trace [] ». Restent 208 autres pages à lire
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