Lot n° 229

[ÉGYPTE]. Alexandre de BAR (Montreuil-sur-Mer 1821-1901), graveur et illustrateur. En 1856, il …

Estimation : 600 - 800 EUR
Description
[ÉGYPTE]. Alexandre de BAR (Montreuil-sur-Mer 1821-1901), graveur et illustrateur. En 1856, il fit partie, comme dessinateur, de l'expédition des Sources du Nil organisée par d'Estayrac de Lauture, et y demeura 1 an. 2 L.A.S. à un ami. Le Caire et Boulak, sept.-nov. 1856. 14 pp. in-8 sur papier bleu très fin (déchirure avec manque en coin d'un feuillet).
Deux très longues lettres écrites durant l'expédition aux sources du Nil. Il raconte son voyage, l'arrivée au Caire, les préparatifs de l'expédition, les 20 jours de désert à dos de chameau, l'arrivée à Boulak. « Figurez-vous que pour le moment nous sommes campés dans un vieux palais ruiné et que dans la chambre où je vous écris, nous sommes six couchés chacun sur un matelas enveloppé d'une couverture et en proie à des légions innombrables d'insectes []. L'expédition se monte et tout me fait penser qu'il y aura mille sujets pour exercer le peu de patience et de courage que nous avons reçu du bon dieu. M. d'Estayrac est un homme intrépide, d'une volonté de fer et il nous mènera loin. Au reste tous résolus, tous bien armés, tous disposés à prendre les précautions que nécessite le climat où nous allons entrer ; nous sommes préparés à tous les événements qu'ils viennent du ciel ou des hommes. En attendant, nous devenons turcs, nous nous habillons en turcs, nous mangeons à la turque, et m'en voilà pour deux ans sans toucher une fourchette. Nous prenons du café turc, des chibouks turcs, j'ai acheté aujourd'hui un sabre turc. Me voyez-vous d'ici faisant un croquis le sabre entre les jambes et un nègre derrière moi [] ». Ils vont partir pour Khartoum et lui raconte l'anecdote d'un voyageur parti sur les mêmes traces qu'eux qui tua un crocodile et qui « a trouvé dans son ventre non seulement les restes d'un homme mais encore sa lance, bois et fer, et bien d'autres objets avec ». L'expédition prend du retard et les barques sont encore bloquées entre Assouan et Korocko. « Nous allons donc pour cette année explorer le désert, une partie du Sennaar et du Kordofau []. Maintenant, et pour entrer de suite en matière sérieuse, je suis beaucoup moins sûr d'aller l'année prochaine à la recherche des sources du Nil que je ne l'étais lors de mon départ de Paris, et souvent, bien souvent, j'ai pensé que nous n'irions pas plus loin que le Caire ». Il s'en explique longuement car des divergences profondes se sont installées entre d'Estayrac et une grande partie de l'expédition, celui-ci traitant mal ses compagnons et délaissant l'aspect scientifique de l'expédition au profit du militaire. Il a jugement sévère sur le chef de l'expédition. « Du reste l'invention ne lui appartient pas, but et moyens tout appartient à Mr de Lesseps. Or il ne fait pas de doute pour moi que l'intention de Mr d'Estayrac était de profiter des forces mises à la disposition de l'expédition pour trancher du petit conquérant comme il tranchait du pacha [] ». Mais Ferdinand de Lesseps est arrivé, et il en fait l'éloge, l'espoir renait. « Grâce au règlement de Mr de Lesseps, je recommence à espérer de voir les sources du Nil. J'ai eu le bonheur de rencontrer dans mes collègues un homme avec qui je m'entends fort bien [] ». Il témoigne de ce qu'il vit, de ce qu'il voit. « J'ai fini par me mettre au travail et j'y ai trouvé un grand secours. Le pays est magnifique, à chaque pas on trouve un tableau tout fait. Et je crois qu'en y passant une année entière, je laisserai encore des croquis que je regretterais de n'avoir pas faits, mais si cette nature est belle, elle est difficile aussi, et je me suis trouvé bien dérouté à mes premiers essais []. Mais si la vue de la nature ravit par sa beauté, le coeur est bien attristé par la vue de la population misérable de ce pays. On ne peut se figurer la misère de ces malheureux Fellahs et le degré d'abjection et d'abrutissement où on les tient. Leurs habitations sont de méchantes huttes, en boue, indescriptibles, incroyables, ayant à peine six pieds de haut [] ».
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