Lot n° 132

[LETTRE] — Lettre autographe signée [mars 1941].

Estimation : 800 - 1000 €
Adjudication : Invendu
Description
2 pages (feuillet recto-verso), in-8.
Mon cher Espiau,
Bien grand merci pour votre petit article du Temps. Je vous connais et demeure votre très grand obligé pour le courage admirable avec lequel vous avez défendu mon premier livre, au temps où la ligue des Parfaits-Pensants me passait déjà le lasso. Vous n’aimez pas les B.D. ? Cela me peine. De vous. Je n’écris pas pour plaire hélas vous le savez. Je suis même à peu près sûr en chacun de mes livres de déplaire à une nouvelle catégorie de lecteurs. Je ne crois rien écrire de particulier pour séduire les Nouveaux Temps ! Je sais vous le savez plus de choses qu’il semble à première vue. M. Worms est après tout le maître actuel absolu de la France et de tous ses partis — et de tous les néo-députés.
Comment faire plaisir à M. Worms ? Tel est le devoir strictement conformiste de tout Français actuel qui veut être sûr de son rutabaga du lendemain, qu’il soit des Trusts ou non.
De Rotchild à Worms avons-nous gagné ? Voilà une question passionnante — Enfin à peine. Parle-t-on de ce ceci au rassemblement populaire ? Qu’en pense votre patron ?
A vous bien amicalement et toujours dévoué, L.F. Céline.
Céline répond à la critique littéraire publiée par Marcel Espiau dans Les Nouveaux temps, le 5 mars 1941, au sujet de Les Beaux Draps (article joint et transcrit en annexes). Marcel Espiau, membre du jury du Prix Renaudot, avait été l’un des défenseurs de Voyage, mais il semble qu’il n’a pas écrit de compte-rendu du roman.
Hyppolyte Worms (1889-1962), banquier, armateur, importateur de charbon, laissa en 1940 sa société sous l’administration de deux Allemands, et négocia des contrats avec l’occupant. À la Libération, il passera quatre mois en prison.
Cette lettre a été publiée pour la première fois dans La Pléiade (Lettres, tome V, page 624, n°41-15, 2009).
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