Lot n° 540

SECONDE GUERRE MONDIALE. Hippolyte d'ESTIBAYRE (Tarbes 1915 - Orbey 1944). 47 L.A.S. à Aimée …

Estimation : 400 - 500 EUR
Adjudication : 400 €
Description
SECONDE GUERRE MONDIALE. Hippolyte d'ESTIBAYRE (Tarbes 1915 - Orbey 1944). 47 L.A.S. à Aimée Bibes, à Alger. 100 pp. in-8 et in-4. Avril 1943 - décembre 1944. Papier fragile : quelques défauts (une lettre déchirée en deux, deux incomplètes).
Très intéressante et émouvante correspondance de ce soldat, habitant d'Alger, engagé dans le 1er Régiment de Tirailleurs Algériens, participant aux combats en Tunisie puis à la campagne de libération d'Italie et de France (Alpes et Alsace), et qui trouvera la mort au combat à 29 ans, à Orbey, en Alsace, dans la poche de Colmar, le 19 décembre 1944.
Cette longue correspondance permet de le suivre dans son quotidien. Citons cette lettre du 17 nov. 1944, écrite un mois avant sa mort. « Je profite de ma dernière soirée de repos. Demain nous regagnons nos anciennes positions. Pour encore vous rassurer sur mon sort. Je sais votre inquiétude sur mon sort et je ne saurais vous dire assez soyez sans crainte, ça va []. Quel redressement magnifique ! De Gaulle, pour qui j'avais craint à un moment, a, dès aujourd'hui, le « pays » en mains. Nous reprenons notre place, et par lui nous nous sommes imposés : ouvriers, soldats, intellectuels. Nous avons fait table rase de faux préjugés et de l'affreux conformisme bourgeois. Nous nous insurgeons contre des essais de main mise américaine. L'Amérique se bute à notre fierté. Ces pays sentent notre grande réserve de « force ». De Gaulle est appelé à Moscou. Les soldats français ne sont plus des « bouchons » c'est une énergie qui se dépense. Et ce qui se passera, chacun a décidé de prendre sa part de responsabilité. Il nous fallait un « catalyseur » (je reprends ce mot trouvé dans l'arche) : en lui nous avons confiance. Il peut parler et parler français. Aimée, je me souviens. Vous me disiez : c'est l'homme qu'il nous faut. Je l'ai vu, entendu. Il va nous conquérir. Et j'étais sceptique, m'appuyant sur ses décisions que je croyais être des faiblesses. J'avais peur de l'Algérie pour lui. Je craignais un mouvement fantoche. Il me semblait vivre une illusion. Je disais : l'homme du doute, il ne pourra s'affirmer pour l'avenir. Aujourd'hui c'est le peuple de France qui entre en scène. De Gaulle est aidé, suivi, aimé []. Je ne suis ni seul, ni perdu, ni brimé, ni même exposé. Je vis tout mon saoul. Je sais que pour moi, ce n'est pas du temps perdu. Et puis, j'ai confiance - en quoi qu'il arrive [] ». Et dans sa dernière lettre : « On ne va pas tarder à entendre les canons de Leclerc. Il n'est pas loin. D'ici peu le secteur sera nettoyé. Et mon bataillon aura eu l'honneur de participer à l'affaire [] ».
Il est joint divers documents : photo avec son équipe de rugby (noms inscrits au dos), divers courriers relatifs à sa mort « ses camarades le considéraient comme un saint », et quelques coupures de presse.
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