Description
cartes illustrées avec adresse.
Belle correspondance à sa femme Jasmy, avec une lettre illustrée d'un grand autoportrait. [Léa Jacob, dite JASMY († 1950), peintre, styliste et décoratrice, importante figure mondaine de la mode et des arts, fut la compagne de Van Dongen de 1916 à leur divorce en 1927. Elle s'installe avec lui 29 Villa Saïd, puis en 1921 dans l'hôtel particulier du 5 rue Juliette-Lamber (XVIIe), acheté au nom de Jasmy.]
- Mercredi matin [9 septembre]. «De froid, d'ennui et de tristesse je travaille mais le coeur n'y est pas - serait-il à Napoli»... Il travaille à son REMBRANDT, «mais plus j'avance plus cela me parait bête. Je fais aussi de la peinture c'est moins bête»...
- Vendredi matin [11 septembre]. Nouvelles d'amis, dont Ernest : «Il a encore fait une blague mais c'est la dernière. Il est mort»... Il retranscrit une lettre de Pierre Borel, journaliste à Nice... «Je travaille activement à mes dessins de Deauville et aussi à ce Rembrandt mais plus je vais plus cela me parait bête ce livre, et embêtant à faire. C'est bien la dernière fois que j'écris un livre»...
- Lundi 14 septembre. Il est allé au Louvard : «Mes pauvres raisins ont eu trop froid il n'y aura pas une seule grappe. Les tomates sont toutes vertes. Les allées aussi. Il n'y a que peu de petits lapins. [...] Les pigeons couvent. La poule ne pond pas encore. [...] Jusqu'à présent pas d'affaires. Peu de monde à Paris, mais j'ai assez à faire pour préparer mon exposition. Mange, ma colombe, n'a pas peur d'être trop grosse. Nous allons vers l'hiver et je n'aime que les grosses femmes tu le sais bien»... Il a reçu une invitation pour aller voir Le Cocu magnifique [de CROMMELYNCK] au théâtre des Mathurins, «mais j'aime encore mieux le cinéma. C'est plus poëtique. Mercredi j'ai été à la boxe. C'est beau aussi. J'aime mieux ça que tous vos vieux tableaux vos vieux monuments et vos vieilles statues. Que ça doit être embêtant tous ces vieux machins»...
- 15-9. Jasmy est arrivée à Capri : «Reposes toi et ne fais pas trop de randonnées fatigantes»... Il a vu Agorio la veille : «Il est toujours aussi fou et parle de plus en plus mal le français»... Il travaille à ses vues de Versailles, «qui commencent à avoir l'air de quelque chose. Je suis en plein boulot - heureusement car il n'y a pas encore beaucoup de monde à Paris et rien de neuf à voir. Au revoir ma crotte bleue ne te fatigue pas, ne dépense pas trop d'argent et pense un peu au pauvre kiki qui doit travailler - à son âge - pour gagner sa vie et celle de sa mère dénaturée»... Au dos, lettre et dessin de Pierre PLESSIS : «Le cavalier bleu est parti à votre recherche !»...
- Mercredi 16 septembre. Il lui a envoyé 4 lettres, dans lesquelles il a devancé ses questions : «Travail ? travaille. [...] Le Louvard ? j'y étais dimanche. [...] Les affaires ? J'ai déjà raté ? trois affaires et donc perdu 120000 francs, c.à d. affaire BOLLACK portraits d'enfants 50000 plus entendu parler. Affaire DEVAMBEZ le père WEIL que j'ai rencontré et avec qui on a parlé de l'illustration d'un livre 30000 frcs. plus de nouvelles.»... Enfin une vente de trois tableaux de Paris pour 40000 francs n'a finalement pas été conclue : «Il faut donc ne pas trop dépenser. Enfin il vaut mieux avoir des tentatives d'affaires que rien du tout. Mais c'est étonnant car on dit malheureux en amour, heureux en affaires»... Il s'est bien amusé à Deauville... Il se prépare pour la prochaine exposition : «Je voudrais qu'elle soit tout à fait réussi alors il y a du boulot»... Il va dîner demain chez Paulette Pax: «Je ne te tromperai pas avec elle, ni avec d'autres car malgré ton infamie je t'aime»...
- Ce vendredi [18 septembre]. «Es-tu bien à l'hôtel de la Crotte bleue ? [...] Et comment trouves-tu cette vie d'indépendante ? Es-tu contente au moins ou sens-tu que tu as besoin d'un kiki ronchonneur et désagréable ?»... Le Salon d'Automne est avancé, il ouvrira le 26. Il y a envoyé son portrait de NAZIMOVA... Il a beaucoup de travail avec l'encadrement de tous ses dessins de Deauville et de La Garçonne [illustrations du roman de Victor MARGUERITTE, 1925] : «Je pense que mon exposition sera amusante, tableaux et dessins»... Il a finalement été voir Le Cocu Magnifique : «C'est pas magnifique du tout. Très embêtant ampoulé et vaseux. [...] Pour la rigolade je n'ai pas mon compte, mais il n'y a rien à faire il faut travailler pour payer les contributions et les taxes sur les biens oisifs. Mais les biens oisifs s'en foutent la preuve, toi. Mais je ne veux pas t'engueuler je veux que tu t'amuses gentiment»... Il n'a pas la chance de voir la mer comme elle, «mais je me venge je peins tous les cadres en bleu tu vas sûrement trouver ça affreux mais comme ça sera fait quand tu rentreras, il n'y aura qu'à accepter le bleu les crottes et la mer qui est bien comme toi elle va et vient la pauvre fille mais elle s’en va bien souvent »…
- Mercredi 23 septembre. Il s’est rendu la veille à l’inauguration d’un dancing à Montmartre, le Tic Tac, et y a rencontré « tous les ballots ballots » : les Beauplan, Duvernois, Edmonde Guy… « Tout ça pas drôle [...] et moi pas très gai parce que sans ma mère il me semble que ça ne va pas. Les feuilles tombent et j’ai envie de chanter la chanson du petit ange – je vois des larmes dans tes yeux eux. Et dire qu’il y a des gens qui prennent des bains de soleil en Italie. Ah les salauds. Ils ne s’en font pas et ils ont bien raison, les mercantis du cœur. Moi je suis un pauvre petit j’encadre des aquarelles je les accroche je me tape sur les doigts »… Il n’est pas fâché d’apprendre qu’au fond elle s’embête à Capri. Mais à Paris la saison n’a pas encore commencé et les affaires ne sont pas brillantes : « l’Exposition des Arts Décoratifs est trop mouillée et trop moisie et trop loin aussi de la rue Juliette Lamber pour que je m’y aventure. Je vais ce soir à la boxe. Je voudrais bien te mettre knock out pour t’avoir tout à fait à moi. [...] Je te souhaite une bonne fête et j’espère qu’un jour viendra bientôt ou je serai ton Italie, ton Capri, ton père et ta mère, ton mari, ton amant et ton fils unique »…
- Ce samedi [26 septembre]. Il est mécontent de la conduite de Jasmy, qui a plaqué ses camarades : « Tu vois, monstre, que tu as un caractère insupportable et que ce n’est pas moi qui suis mauvais ». Il ira au music-hall
des Champs-Élysées : « il y a une troupe nègre présentée par Gémier. Le Salon est ouvert on m’engueule comme d’habitude, mais ça ne m’amuse même plus ». La cuisinière est un peu folle ; nouvelles du Louvard… « Je m’emmerde mais il faut le dire à personne »… Avec les tremblements de terre en Italie, elle doit faire « attention que tu ne sois pas pris dans un éboulement, ni bouffé par un requin, ni entolé ou en..lé par un Italien ou un boche. Tu sais que tous les autres garçons sont vilains, qu’il n’y a que moi de bien »…
- Lundi 28 septembre. Il l’approuve d’avoir renvoyé ses amis, mais « j’aimerais pour moi que tu sois un peu moins assoiffé d’indépendance »… Récit de la soirée du « spectacle nègre » au Music-Hall Champs-Élysées.
On lui a envoyé un photographe interviewer : « Les photos sont potables et il y a écrit dessous Quelques récents chefs-d’oeuvres du portraitiste V.D. mais le plus beau c’est l’interview où on me fait dire toutes sortes de bêtises », dont il donne des exemples...
- Ce mercredi [30 septembre]. « Combien de temps cette vie va-t-elle encore durer ? Madame se ballade dans des grottes bleues prend des bains de soleil s’amuse n’a aucun tracas et il lui faut encore de l’amour par correspondance, des nouvelles de son petit homme – qu’elle abandonne. […] J’ai bien envie de voir tes cuisses brunies par le soleil et j’espère que tu sois bien grassouillette. J’aime ce goût là »…
- Ce vendredi 2 octobre. Il a dîné la veille avec les Andrea et croisé les Foy au cinéma… Reçu la visite des dames Demarest… La dernière lettre de Jasmy lui apprend qu’elle est maintenant à Rome, mais il aimerait
savoir pour combien de temps : « Vas-tu voir le Pape ? Tu peux y aller de ma part, il est très gentil lui, mais sa femme c’est une vrai charogne désagréable et tout »… Au dos, amusant billet et dessin de Pierre Plessis.
- Ce samedi [3 octobre]. Il vient de déjeuner chez Jeanne [Jenny SACERDOTE] avec Georges COURTELINE et Margot BERNHEIM : homards, perdreaux, foie gras… « J’ai beaucoup engraissé moi aussi mais pas bruni. Cette vie de boeuf m’engraisse »... Au dos de la page, un grand dessin à l’encre bleue le représente grossi et fumant la pipe, les volutes de la fumée formant le nom de Léo.
- Dimanche [4 octobre]. Il aimerait aller au Louvard, « mais y aller seul ça ne m’amuse pas beaucoup »… Il a vu un beau film, Visages d’enfants : « c’est l’histoire d’un enfant que sa mère a quitté »… Rien de nouveau, « et c’est naturel il ne peut pas y avoir toujours quelque chose. [...] Ah si j’étais à Rome j’aurais des volumes à écrire je t’écrirais tout ce que je ferais et tout ce que j’aurais vu le pape, Saint Pierre, Puech Michel Ange et
Mussolini mais toi tu ne m’écris pas grand’chose »… Carte postale jointe de F. Fleming Jones.
- Dimanche [4 octobre]. Il écrit à la suite d’une lettre de Jenny Sacerdote :
« Elle m’a dit que tu irais passer quelques jours chez Berthe ou en tous cas dans le Midi en revenant à Paris. J’ignore ce détail de ton voyage mais si c’est vrai voici donc des adresses »…
- Mercredi 7 [octobre]. « Maintenant que tu m’as mis dans le ciboulo de t’écrire tous les jours j’attends aussi de toi tous les jours des nouvelles. Alors tu penses quand je n’en reçois pas ça m’énerve et je ne peux pas
dormir. Et dire qu’on serait si tranquille et qu’on n’aurait pas besoin de s’écrire si tu n’étais pas partie »…
- Ce Lundi [12 octobre]. Il a passé la journée précédente au Louvard avec Agorio et ses amis ; ils ont « mangé un mouton grillé en plein bois »… Il n’a plus de nouvelles de Casséus… « Tu as de la chance que je suis une
espèce de crétin qui reste là à t’attendre patiemment »…
— Joint une carte postale de Guy.
PROVENANCE :
Archives de Jasmy Van Dongen (Ader 17 décembre 2013, n° 297).