Lot n° 297

Van DONGEN Kees (1877 - 1968) — 11 L.A.S. «Kiki», Paris décembre-janvier 1926, à «Madame Van Dongen» à Beaulieu sur mer, Cannes puis Grasse ; 9 pages in-4 à son adresse 5, rue Juliette Lamber, et 11 pages in-8, enveloppes (une lettre fendue...

Estimation : 2500 - 3000
Adjudication : Invendu
Description
et réparée).
Charmantes lettres, tendres et drôles, à sa femme.

[Léa Jacob, dite JASMY († 1950), peintre, styliste et décoratrice, importante figure mondaine de la mode et des arts, fut la compagne de Van Dongen de 1916 à leur divorce en 1927. Elle s'installe avec lui 29 Villa Saïd, puis en 1921 dans l'hôtel particulier du 5 rue Juliette-Lamber (XVIIe), acheté au nom de Jasmy.]

- Ce mardi [29 décembre]. «Je suis seul et il pleut. Et il pleut sur mon coeur comme il pleut sur la ville»... Il a reçu la lettre d'un monsieur qui «renonce à l'achat de ce beau tableau de tulipes pour des raisons fiscales !!! [...] J'ai retrouvé Tobby au petit restaurant des chauffeurs et je suis triste, triste, saoul de tristesse. Je t'adore et je pleure»...
- Dimanche 3 janvier (au dos d'une lettre de voeux de Louise Perret à Jasmy). «J'ai beaucoup à travailler et ne sais pas encore si j'irai dans le midi. [...] Puis j'ai à peindre des fleurs qu'on t'a envoyé puis les bonbons à manger. Je ne me suis pas consolé mais je suis triste non pas parce que tu es partie courir le soleil mais de la façon dont tu es partie fachée injustement. Enfin assez dit de conneries. Amueses toi. À moi les corvées»...
- Ce mardi soir [5 janvier 1926] (écrite au dos d'une lettre de voeux du comte Raoul de Gontaut-Biron à Jasmy). «Mais non je ne viens pas à Cannes. Si j'avais eu l'intention de venir je serais parti avec toi, mais tu n'es pas assez gentille avec moi. Tu quittes le navire à la moindre bise tu te réfugies sur une côte ensoleillée et de là tu fais signe au capitaine. Ce métier de sirène te va bien mais je suis un vieux marin et je ne quitte pas mon bord pour laisser mon bateau s'en aller tout seul au gré des vents»... Il travaille à ses portraits et a peint les fleurs qu'on a envoyées à Jasmy pour le jour de l'An... Il a joint une coupure de presse sur sa légion d'honneur.
- Ce samedi [9 janvier] (au dos d'une lettre de voeux à Jasmy par «Henriette»). Il a reçu un coup de téléphone de tante Lénine «très exité qui voulait te voir je l'ai invité à venir me raconter ses aventures mais comme tu n'es pas là je ne l'ai plus revu»... Il n'ose plus rien écrire «puisque mes lettres sont considérées comme filles publiques et lues par tout le monde»...
- Mercredi soir [13 janvier]. «Ma Tunisienne. Il me semble que je t'avais répondu au sujet de Tunis la Grande et que j'avais dit que c'est pas le moment qu'il faut que je travaille et toutes sortes d'autres mauvaises raisons mais la principale est que je suis homme d'intérieur (trop pour toi dis-tu ce qui n'est guère aimable) et puis ça coûte cher. [...] si tu étais en ce moment à Paris tu viendrais dormir avec moi sur mon grabat dans mon cagibis et si c'était par amour ce serait pour avoir chaud car ce temps me rappelle le temps où tu pleurais de froid dans ton alcove fermé et où je te berçais avec de douces paroles d'espoir en te disant que demain il y aura de fleurs aux arbres et tu te rappelles que c'était vrai. Tu vois comme je suis gentil [...] Tout ce que tu fais m'intéresse parce que cela se rapporte à moi quand même. Je vais bien mais je ne m'amuse pas»... Jointe une lettre de Sarah Charley Drouilly à Jasmy.
- Jeudi soir [14 janvier]. Il est surpris d'apprendre qu'elle est à Cannes : «Qu'est ce qui se passe ? Tu ne t'es pas fâchée avec Jeanne j'espère. [...] Écris moi un peu plus et un peu plus gentiment car je ne m'amuse pas beaucoup ici je ne peux pas lâcher tout surtout dans des moments difficiles. [...] Je travaille à mes portraits, ça n'est pas toujours drôle et je travaille aussi à ce sacré Rembrandt. On m'a demandé de nouveau quand je leur donnerai la copie. [...] Moi je t'aime toujours tu sais comme je suis tenace - à en être insupportable»...
- Ce dimanche [17 janvier] (au dos d'une lettre à Jasmy par une employée de la maison de couture Jenny). «Ici il fait un temps de chien. Toby et moi nous nous regardons. Zezette [sa voiture] est au repos tu comprends qu'avec ce temps-là je ne la sort pas j'en ai du reste pas besoin pour aller jusqu'au petit bistro. Je lui ai prêté ma vieille pèlerine pour qu'elle n'ait pas froid à son moteur. [...] il paraît qu'il neige partout même en Afrique donc on est aussi bien à Paris. Je travaille à ce bouquin sur Rembrandt et veux en finir»...
- 19 janvier. Il la prie de ne pas dépenser trop d'argent : «Je viens de recevoir un avertissement du percepteur j'ai encore plus de dix mille francs de contributions de rabiot à payer alors tu penses comme je suis disposé à dépenser ma pauvre galette en voyages pour voir la statue d'Edouard VII et la silhouette de Cornuché. Et tu continues à faire la Sirène et à m'appeler de loin et tu oublies que de près tu ne veux pas me voir ou tu ne vois que mes défauts»... À propos de sa décoration récente : « Ce truc de la légion d’honneur fait beaucoup de foin je reçois des tas de cartes de félicitations – même d’inconnus – si je pensais augmenter le prix de mes marchandises grâce à cette croix ça serait pas mal mais les affaires sont tout à fait calmes »…
— On joint une lettre de Pierre Borel (20 janvier),
au sujet d’une maison à vendre près de Nice ; Van Dongen ajoute : « Léo, va voir cette maison. Demande le prix etc à Mr Borel. C’est peut-être quelque chose pour Jeanne »…
- Lundi [25 janvier]. « Ma petite chérie je ne suis pas mécontent de constater pour la tantième fois que de nous deux c’est toi le chameau la vache le cochon l’être insupportable et sur lequel on ne peut pas compter. Souvent femme varie – au fond on n’est nulle part mieux que près de moi mais il ne faut surtout pas le faire voir. Enfin tout est bien qui finit bien mais tu aurais aussi bien pu être enrhumée à Paris que là-bas et tout de même tu as tort [...] de t’absenter trop souvent car je finirai par prendre des allures d’indépendance et de vouloir sortir et rentrer comme bien me semble et tu te plaindrais en disant – il n’y a plus d’enfants »…
- 26 janvier. Il cite la dépêche reçue pour sa fête : « Comme c’est bien le progrès ces tendresses par dépêches et qui n’engagent à rien – qu’ils soient signés Léo ou le Juif errant – c’est du reste un peu la même chose.
Enfin encore une fête à fêter dans une espèce de solitude ». Il va dîner chez Fleming Jones, « une belle fille »… Il vient de payer une facture d’électricité : « tout augmente sauf les rentrées »… Il attend son retour lundi …
- Ce jeudi [28 janvier]. « Comme les voyages forment la jeunesse et que tu as pas mal voyagé ces jours ci, ces temps-ci, j’espère que tu en as assez pour un bon bout de temps – et tu voudras enfin me repriser la montagne de chaussettes qui t’attendent dans leur pureté blanche mais ternies. Et que ça t’amusera de rester un peu avec moi – je n’y compte pas trop. En tout cas si ce voyage t’a fait du bien c’est bien pour moi aussi car il y a un proverbe que je ne sais pas traduire en français mais qui est en arabe à peu près ceci, soigne bien ton petit cochon, car tu retrouveras tous tes soins plus tard quand tu le tueras pour le manger – Amen »…

PROVENANCE :
- Archives de Jasmy Van Dongen (Ader 17 décembre 2013, n° 298).
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