Description
d'Espagne. — Une à en-tête de la revue Documents, une de la Société des Africanistes. — 1 petite photographie jointe (11,5 x 7 cm), vue de la palmeraie de Taghit (Algérie). — 6 p. pour les cartes de Zette.
« Queneau et Leiris sont autant préoccupés l'un que l'autre par les structures formelles en littérature et sensibles au procédé d'écriture de Raymond Roussel, à l'importance du langage et à la construction de certains ouvrages (…) Pourtant Queneau, mathématicien autant que philosophe, manie, même en littérature, des combinaisons plus ou moins mathématiques et abstraites, quand Leiris, lui, très attaché au concret, se réfère aux glissements que permet la méthode associative de Raymond Roussel plus qu'aux structures proprement dites. Le goût du secret de Raymond Queneau était notoire. Il tenait soigneusement certaines questions essentielles hors du champ de la conversation. (…) Amenés à se voir et à se téléphoner sans cesse, ils ont laissé très peu de traces de leurs relations… » (Aliette Armel, Michel Leiris, Fayard, 1997, p. 402).
- 17 septembre 1933 : Il espère retrouver Queneau à Londres …et que nous pourrons de concert arpenter Oxford Street, la bien connue marâtre au cœur de pierre, et goûter de ce porto aux épices capable de réveiller un mort si l'on en croit Thomas de Quincey à qui, le jour qu'il se trouva mal, la pauvre petite Anne en offrit ? (…) J'ai lu dans le numéro des « Cahiers du Sud » consacré au « Théâtre Elizabéthain » ton article sur Tourneur. Je t'engage à communiquer aux revues négro-américaines telles que « Crisis » ton hypothèse quant à sa couleur. Ils en seront ravis, (…) et sans doute verra-t’ on Cyril Tourneur, dramaturge noir, figurer dans le prochain « Negro Year Book », aux côtés de Pouchkine et d'Alexandre Dumas…
- Sa Riera, 23 août 1934 : …Il y a quelques jours nous avons eu une « fiesta » brillante au cours de laquelle nous nous sommes livrés à des exhibitions de danses locales qui ont été très appréciées, j'y ai failli par deux fois me fracasser contre un mur en valsant (…) Nous avons appris avant-hier que la police de Bagur, constatant que nos papiers étaient en règle, nous avait soupçonnés d'être des espions. Beaucoup de conjectures aussi ont été émises sur notre nationalité : certains disaient que nous étions français, d'autres que nous étions allemands…
- 8 septembre 1936 « Au “Petit Pomponianien”, son envoyé spécial à la plage d'Auteuil ». Cette lettre et les suivantes adoptent une forme journalistique fantaisiste pour apporter des nouvelles qui ne le sont pas toujours (de la Guerre d'Espagne, entre autres). Beaucoup question aussi de corridas et de toréadors… Appris par la source sûre que nous nous félicitons d'avoir eu en la personne de M. Jaime Sabartés, que le torero Ortega n'est pas mort, ce qui ne rend donc pas forcément mensongères les assertions des organisateurs de la corrida du 4 octobre à Nîmes quant à la composition de leur cartel. Appris de la même source, que des corridas avaient eu lieu récemment à Barcelone et à Madrid au bénéfice des milices rouges ; parmi les rares diestros adeptes du Frente Popular on cite Luis Gomez « El Estudiante » que sa qualité d'ex-médicâtre jointes à ses convictions politiques rapproche ainsi singulièrement de l'estimé Dr FRAENKEL (dit « Peuple Polonais » avant même qu'il eut collaboré à « Marianne » ). Dans la rubrique (encadrée) qu'il intitule : « Déplacements et villégiatures » : L'accorte bicycliste téléphoniste de la Nouvelle Revue Française annonce que M. PAULHAN (Jean), actuellement en vacances, ne remettra pas les pieds dans ses bureaux avant la fin septembre. Moré-Marcel est rentré de Belle-Ile où il était, non avec Jacques Baron, mais avec Jacques Dehaut. Autre rubrique : « Météorologie » : Temps pluvieux, avec gentil petit soleil de temps à autre (mais plutôt autre).
- 11 septembre 1936. Cette fois la lettre de Leiris prend la forme d'une gazette taurine… Brillant cartel de trois catedraticos à Nîmes, mais bien médiocre corrida : des Salamanque faits sur mesure, roulant sur rails et encore au biberon. La dynastie des Perez Tabernero, fabricantes de toros pour lidiadores avides de couper orejas et rado sans risquer la plus bénigne cornada, porte à elle seule les trois quarts du poids de la déchéance actuelle du toreo (…) Avez-vous lu mes chers amis le brillant reportage n°2 du Dr F. et le récit de sa rencontre avec B.P. ? C'est, je crois, le meilleur portrait qui ait jamais paru du vieux Jim (…) Comment va Jean-Marie [fils de Janine et Raymond Queneau] ? J'attends impatiemment une rubrique « puériculture », « vie des jeunes » ou « coin des tout petits », comme vous voudrez. Mes hommages à Mme Kahnweiller dont Rrose Sélavy et moi nous concassons les chocolats au goût exquis. Demandez aux pompiers de service à la Plage d'Hyères ce qu'ils préfèrent des pompes au nid, des ananas ou des anas ?
Ceux qui pour prendre des poissons
ajoutent des pompons aux nasses
nient-ils ou non que plus salace
est Salas harassé de poisons ?
- 21 septembre [1936] (…) Vu ce matin au musée d'Ethnographie, le Lt de vaisseau de F..., retour des îles marquises où il était allé faire un tour pour faire oublier le scandale de l'affaire Lydia Oswald, dans laquelle il avait été compromis… Dans les « Nouvelles littéraires » …le délicat écrivain Francis de Miomandre se révèle excellent patriote majorquin. Dans le dernier numéro de « Commune » il se révèle excellent patriote soviétique en apportant sa petite pierre à un grand hommage à Maxime Gorki. M. GIDE (André), retour du Caucase ou de pas loin, serait un peu gêné ; paraît-il, d'y avoir trouvé des Prométhées par trop bien enchainés.
Nouvelles d'Espagne… : « Mondanités » - M.r.e - L.ur.e de N..il..s, la charmante vi...t.se, applaudissant au cinéma la destruction de l'Alcazar de Tolède par les gouvernementaux, a déchainé un tonnerre d'applaudissements unanime de la part du public, qui pensait qu'elle rendait hommage à l'héroïsme des assiégées rebelles.
- 19 et 20 septembre [1936] - 6 toros de Atanasio Fernandez pour Marquez, Gagancho et La Serna. Tertulias d'un spécialiste de la corrida… En son premier comme en son deuxième, Gagancho fut ignoble de frousse, manifestement décidé à ne pas risquer un cheveu pour un public peut-être vindicatif mais des plus ignorants. Par deux fois, le Gitane termina sous les huées, se débarrassant de ses deux adversaires par d'innombrables pinchazos, estocades de recours et descabellos marqués, sans s'engager une seule fois dans les cornes (…) La Serna, encouragé par les ovations d'un public facile à contenter après tant de mauvais travail, fut le triomphateur de la journée. A la cape, quelques véroniques, demi-véroniques, faroles et reboleras très esthétiques…
- Nîmes, 3 octobre [1936] : 6 toros de Arturo Gabaleda, pour Marcial Lulanda, Domingo Ortega, Luis Gomez « El Estudiante ». Les toros. Six souris, aux moustaches indurées en cornes. Plusieurs d'entre eux à chaque instant sur les genoux ou sur le flanc…
- 6 janvier 1940. Lettre adressée à Janine Queneau d'Algérie, Revoil Beni-Ounif, où Leiris a été affecté… Il pense à elle dans la forêt de Goye (C'est dans les forêts que se passent presque toujours les épisodes les plus passionnants des contes de fées !) Il a retrouvé parmi des photos que j'avais oubliées une vue d'une forêt à moi : la palmeraie de Taghit, un très bel endroit que j'ai eu l'occasion de visiter. Permettez-moi de vous l'envoyer, comme si j'étais un paysan qui vous enverrait une photo de son pays… (…) Je ne cache pas mes vœux. Je vous les fais du grand jour, du plein soleil (influence, peut-être, de mon pays, - très table rase, très cartes sur table). Bonne, très bonne, aussi bonne que possible année... Votre lettre est de ces choses qui font vraiment plaisir, de ces choses qui font de tout vaguemestre militaire un personnage à part : l'officiant d'une espèce de sacerdoce.