Lot n° 292

SUPERVIELLE (Jules). — 54 L.A.S. à André Rolland de Renéville. — 70 p. in-16, in-8 et in-4. 31 août 1932 - 14 juin 1956. + Notes biographiques tapuscrites avec corrections autographes et une demi-page manuscrite, ces pages ont été écrites...

Estimation : 1 500 - 1 800 €
Adjudication : 1 300 €
Description
à la demande de Renéville en vue d'une publication envisagée par Jean Paulhan. — Enveloppes conservées. — Cartes de visite jointes ainsi que des prières d'insérer.
- 31 août 1932. Après avoir remercié Renéville de son article à propos des Amis inconnus (qui lui semble extrêmement substantiel) et discuté de ses arguments, Supervielle donne des nouvelles : Nous sommes contents de notre séjour à Tossa où Michaux (qui est reste 5 jours aux Canaries) vient de nous rejoindre
- 5 janvier 1933 : Voici les poèmes pour Les Nouvelles Littéraires. Ils sont extraits de Les Amis inconnus qui vont bientôt paraitre…
- 29 septembre 1933. Lettre dans laquelle il est question de sa pièce de théâtre qui paraitra en 1936 : j'ai beaucoup travaillé à Bolivar que vous vous obstiniez d'appeler Lazzaro ou Herman Cortes dans nos conversations d'avant les vacances…

- 20 janvier 1935 à la demande de Renéville il lui adresse deux prières d'insérer où vous trouverez quelques autres indications. Vous verrez si il y a lieu d'en retenir quelque chose…

- 8 avril 1935. Supervielle écrit à Renéville, cette fois au magistrat, afin qu'il intervienne pour l'obtention de la naturalisation française de Marc CHAGALL : alors qu'Herriot avait écrit (il y a 3 ans) sur la demande de renouvellement de carte de travail à notre ami : « je préfère que le maitre soit naturalisé » (…) ce serait une aubaine pour la France d'avoir Chagall » et voilà qu'elle le refuse…

- 13 avril 1935 : … j'arriverai avec Chagall qui sera heureux de vous demander quelques « tuyaux ». Merci pour lui ! (Il est fort abattu par cette histoire de naturalisation.

- 12 novembre 1935, rendez-vous à la Grande Chaumière : Les Paulhan y seront…

- 19 décembre 1936 : L'édition définitive de Gravitations est de 1932 mais l'originale date de 1925. Elle suit de 3 ans Débarcadères. Excusez-moi de faire cette rectification. Mais le père est toujours le seul à connaitre l'âge exact de ses enfants…

- 20 octobre 1938 : Au sujet d'une présentation à la radio… Vous avez fort bien montré l'essence de ma poésie. Allier l'humanité à la rareté de la sensation tel est peut-être mon idéal. Ce que vous avez dit de ma langue, de mes origines, du caractère vécu de ma poésie, tout cela m'a paru fort juste…

- 8 août 1939 : Renéville a envoyé l'épreuve de son poème qui plait vraiment beaucoup à son ami, [il] tient admirablement le coup quand on le lit imprimé. L'écriture du poète épouse beaucoup trop la pensée et voilà les défauts, heureuses les pièces qui résistent aux durs caractères d'imprimerie, à leur absolue neutralité (…) J'écris un témoignage pour le numéro de Paulhan (poésie). Cela me passionne. Il est temps que les poètes disent comment la poésie se manifeste à eux…

- 24 décembre 1947 : Vous avez donné une idée très juste de la métaphysique dans vos poèmes et, je pense, dégagé l'essentiel. Je me laisse aller à mon instinct dans tout cela et c'est plaisir que de tâtonner dans les ténèbres (un des seuls plaisirs qui nous restent). Comme vous l'avez fort bien vu le désespoir et le déchirement sont chez moi plus réels qu'apparents (…) L'impermanence du sujet et de l'objet, je suis aussi fort sensible à ce que vous en dites. - Identité du moi et de l'univers. L'univers en nous. L'univers en nous et dans le cosmos. Tout cela je le sens physiquement dès que je plonge en moi le regard de derrière les paupières baissées. Et j'aime aussi à rapprocher de vos remarques métaphysiques de la N.R.F. vos réflexions littéraires et techniques touchant « Les Amis inconnus ». Tout cela donne une idée d'ensemble qui illumine l'extérieur et l'intérieur de mes poèmes. Merci. - 22 novembre 1948 : Nous n'avons guère quitté Paris sauf pour 15 jours passés à Avignon où le château des Papes accueillait Shéhérazade…

- 17 mars 1950, Renéville prend conseil auprès de Supervielle à la suite d'une demande de collaboration à une revue espagnole : Si je puis me permettre un conseil, du seul droit de l'amitié, je n'accepterais pas à votre place. Les revues espagnoles à part la Revista de Occidente d'Ortega y Gasset sont presque toujours sans lendemain et ont encore beaucoup moins de lecteurs qu'en France…

- 8 septembre 1954 : Jean PAULHAN me dit qu'il vous demande un article sur moi. Vous pourrez ainsi faire entendre votre voix et votre protestation. Je suis sûr qu'ETIEMBLE qui est aussi un homme de cœur regrette cette injuste attaque dont vous avez été l'objet dans son article…

- 31 janvier 1955 : On me demande pour une revue littéraire uruguayenne « Asir » un article sur moi. Je crois me souvenir que vous aviez accepté d'en écrire un pour une revue anglaise qui me consacre un numéro spécial. Il n'y aurait, bien sûr, aucune inconvenance à copier le même article paru à Londres et à Montevideo.

- 5 février 1955 : Quelles jolies photos vous m'avez envoyées ! Nous sommes tous parfaits. Et rien ne manque ! Même les soucoupes volantes prises sur le vif. C'est incroyable... Comment diable (c'est le cas de le dire) avez-vous fait pour fixer sur une photo cette présence de miraculeuses soucoupes. Sans doute avez-vous un objectif de poète qui retient aussi ce dont on parle. Nous en avions en effet beaucoup parlé de ces soucoupes volantes qui étaient restées sans doute en l'air à la disposition de ces messieurs et dames.

- 27 février 1955. Si je pouvais encore rougir de fierté et de plaisir je l'aurais fait à chaque ligne de votre magnifique commentaire de mon œuvre. Richesse critique et richesse de cœur se confondent chez vous… Il regrette que le texte ne paraisse qu'à l'étranger et aimerait le faire passer à La Table Ronde mais… en deux mots la mort du grand CLAUDEL retardera tout cela…

- 3 avril 1955 (…) Je relisais du Claudel. Il est génial ou stupide. En cela il ressemble à Victor Hugo. Avoir écrit Tête d'Or à 20 ans est un prodige égal à celui de la Saison en Enfer. Mais que de pages nulles et non avenues. Silence ! C'est tout de même un des plus grands poètes que notre planète ait connus (…) sur son lit de mort il avait l'air de dire : « J'ai le filon, à vous autres, les restants, de vous débrouiller » …

- 17 octobre 1957 : … Je t'entends rire d'ici, tu as beau être magistrat tu as le sens de l'humour. Il signe : Julio, oui il m'arrive de signer mon nom en espagnol, mais Julio est le même homme que Jules Supervielle qu'on se le dise !... P.S. J'écris mal mais garde ce papier tout de même. Il vaudra cher. C'est ce qu'on nomme un autographe mais tu le savais déjà.
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