Lot n° 303

ZÜRN (Unica). BELLMER (Hans). — 10 L.A.S. et 1 télégramme à Henri MICHAUX. - ZÜRN (Unica). — 2 L.A.S. à Henri MICHAUX. 21 pages (H.B.) + 4 p. (U.Z), septembre-novembre 1961, certaines enveloppes conservées.

Estimation : 4 000 - 5 000 €
Adjudication : 6 240 €
Description
L'ensemble de la correspondance tourne autour d'Unica Zürn, de son travail et de son internement à Saint-Anne. Unica était amie d'Henri Michaux - celui-ci figure dans son roman partiellement autobiographique, L'Homme Jasmin.

- 14 octobre 1960. Bellmer demande à Michaux de faire parvenir à la galerie Flinker une revue contenant une publication d'Unica. Cela me paraît très important, autant [sic] plus que j'ai appris très récemment, qu'il y a un an le nom « Flinker » revenait très souvent dans ses propos désespérément délirants.

- 27 septembre 1961. Bellmer explique à Michaux à quel point celui-ci est important pour Unica Zürn. Depuis quelques années Unica a incorporé dans son royaume intérieur ses dieux mythologiques - mi- littéraires mi- personnels – Ernst, Kreider... ensuite parallèlement, Arp et Michaux. (…) J'ai fini par saisir que tout en elle se fixait autour de « HENRI MICHAUX », sauveur-chevalier à travers ses connaissances par les gouffres. (…) Je désirerais vous demander une pauvre chose… : Essayez d'aller voir Unica et de caresser sa main à travers la grille. Elle en sera heureuse - mais surtout ne lui dites pas que je vous ai adressé cette prière !

- 30 septembre 1961. Lettre de grande angoisse. Unica va très mal et Bellmer fait part à Michaux de ses projets afin qu'Unica ne souffre pas trop et puisse gagner l'Allemagne, car Unica, hospitalisée d'office (Police) en France est condamnée à mort… Il parle de ses démarches auprès du Dr Lacan et de son souhait d'organiser une campagne de mendicité auprès de quelques amis (Victor Brauner, Matta, William et Noma Copley).

- 4 novembre 1961. Depuis qu'Unica a reçu de ma part des lunettes provisoires, il paraît qu'elle a déjà fait un dessin très intéressant, sortant absolument de l'automatisme floconneux et sans forme de ses premiers griffonnages. Ma stratégie « thérapeutique » sur le plan « expositions » a réussi ! Bellmer fait le point sur les deux expositions et évoque le travail de sa compagne : Unica dessine sans arrêt et très bien. Le cahier que vous lui aviez donné est plein.

- 7 novembre 1961. Autour des projets d'exposition, une première au Point Cardinal qui met à leur disposition la petite pièce assez intime et jolie, qui aurait lieu en janvier ou février 1962, après l'exposition de l'ensemble des sculptures de Max Ernst. (…) Cette pièce pourra contenir à peu près vingt originaux. La seconde, plus importante, aurait lieu à la galerie des Deux-Îles, si M. F. Fouquet ne voit pas d'inconvénient qu'une petite exposition précède de quelques mois la sienne. (…)

- 9 novembre 1961. Cher Henri Michaux, Tout va très bien ! L'exposition janvier 1962 est d'un intérêt vital et élémentaire (pour éviter tentative de suicide autour Noël). Il y aura une quinzaine de dessins (entre 15 et 19 en réalité) chez M. Fouquet. Pour ce qui est du Point Cardinal, il rappelle à l'écrivain que la galerie de M. Hugues est sur « l'index » du « groupe » de Breton, parce qu'elle expose Max Ernst. Bellmer revient sur l'état d'Unica, qui doit fortifier son MOI réel par l'appréciation extérieure, de plus en plus valable, de ses grandes qualités, dues uniquement à elle-même. Et ceci aux dépens de son « SUR-MOI » de pré-adolescente dans laquelle se cristallisent non seulement son image de tragique et douloureuse princesse-victime mais naturellement aussi les mythes des partenaires de l'impossible. Il signale une visite à Sainte-Anne de Daniel Cordier.
Il doit choisir chez M. et Mme Bounoure les dessins déchirés pour en choisir ce qui sera à restaurer en vue de la petite exposition chez Jean Hugues. Si vous aviez le temps, je serai bien content de votre aide pour déterminer le choix.

- 10 novembre 1961. Bellmer s'interroge sur les causes du désespoir d'Unica. Elle a refusé catégoriquement de confier, à l'une ou à l'autre des visiteuses [Mme Bounoure et Mme Paris-Thivollet] son fameux cahier, Pourquoi ?? (…) Le malheur est qu'il y ait si peu d'hommes-visiteurs.

- 11 novembre 1961. Le « Cahier » a été sauvé et se trouve entre les mains de Michaux, c'est heureux car les médecins avaient déjà à moitié la main sur ce cahier. Bellmer évoque de nouveau les dessins déchirés d'Unica. Il désire l'aide de Michaux pour le choix. Georges Visat s'est rendu à Sainte-Anne pour faire signer à Unica les quarante épreuves de son estampe. Le médecin-chef et la surveillante générale interdisent la visite. Unica n'aura pas la joie de pouvoir signer, la première fois de sa vie, ses 40 estampes. Visat va retenter le lendemain. Le point sur l'exposition chez Jean Hugues, évocation de nouveau du « cahier » d'Unica, toujours perdu : Tout le monde sait que ce cahier vous a été envoyé - J'ai répondu : « Ah oui, tiens ? »

- 14 novembre 1961. Unica doit rester à Sainte-Anne (pour une raison administrative). Bellmer a croisé les Visat à l'hôpital.

ZÜRN (Unica).
2 L.A.S. à Henri MICHAUX. Je suis enfermé dans une asyl pour les foux. Elle lui demande de lui envoyer si c'est possible - cigarettes « L M » et quelque de vos livres. Ici c'est un peu l'enfer - que ce que c'est [l'enfer]- cette vie la - non de dieu! (Berlin, 29 octobre, 3 pages in-12, orthographe et syntaxe conservées).
Unica le remercie de tout cœur de l'envoi des deux paquets, contenant quelques-uns des manuscrits que Michaux avait conservés pour elle, datant d'Ermenonville, prémonitoires. (20 février 1964, 1 page in-12).
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