Lot n° 117

SARTRE Jean-Paul (1905-1980) — MANUSCRIT autographe pour Le Diable et le Bon Dieu, [1951] ; 91 pages sur 85 ff. in-4 (27 x 21 cm) sous couverture d’un bloc de papier de la marque Moirans.

Estimation : 5 000 - 6 000 €
Adjudication : 5 460 €
Description
Manuscrits de premier jet et de travail pour sa pièce Le Diable et le Bon Dieu.

Commencée au début de 1951, la pièce fut créée au Théâtre Antoine le 7 juin 1951 dans une mise en scène de Louis Jouvet (avec Pierre Brasseur, Jean Vilar, Maria Casarès...), et publiée dans Les Temps modernes de juin, juillet et août 1951, et en volume chez Gallimard en octobre 1951. Le manuscrit, à l’encre bleu-noir sur des feuillets de bloc de papier quadrillé écrits au recto (6 sont également écrits au verso) et parfois partiellement remplis, présente parfois plusieurs versions du même texte, Sartre n’aimant guère raturer et préférant reprendre son texte sur une nouvelle feuille ; certains cependant présentent des ratures et corrections, et des passages biffés. Ces feuillets de travail présentent une version parfois très différente du texte imprimé. Nous avons ici la quasi-totalité du Xe tableau à l’acte III (à l’exception de la courte scène v et dernière), dans le village en ruines : la scène i avec Hilda puis Heinrich, la scène ii entre Hilda et Goetz, la scène iii avec les mêmes et Heinrich, et la longue scène iv de confrontation entre l’ancien guerrier Goetz et le curé Heinrich. Nous ne pouvons donner ici qu’un bref aperçu de l’intérêt de ce manuscrit. Ainsi, dans la scène i, on relève une longue tirade biffée de Hilda (reprise sur un autre feuillet dans une version raccourcie) dont il ne restera dans la version finale qu’une réplique de trois phrases :
« Celui qui t’a offensé n’est plus. Je pensais qu’il t’attendait, qu’il s’était fait beau pour te recevoir, qu’il allait te défier et te prouver sa victoire. C’est ce qui excitait ta colère. Eh bien vois : ta colère sera déçue, elle ne rencontrera que le vide. Il ne se soucie plus de toi ni de votre pari. Il est toujours absent, attentif à lui-même ; il cherche en lui ses tentations et s’il n’en trouve pas il s’en invente pour pouvoir se punir d’en avoir eu. Il lutte contre la faim, contre la soif, contre le désir qu’il a de moi ; il jeune, prie, se flagelle. Quel que soit le mal que tu veux lui faire tu ne peux pas le torturer plus qu’il ne se torture, quelle que soit la haine que tu lui portes, tu ne peux le haïr plus qu’il ne se hait. Va-t’en, laisse le faire ta besogne à ta place : il s’affaiblit de jour en jour. Si je n’étais ici pour le soigner – quand il veut bien que je le soigne – je crois qu’il serait déjà mort. Il ne te reconnaîtrait même pas s’il te voyait et toi-même tu ne pourrais pas le reconnaître. À quoi bon t’obstiner ». Citons encore, à la scène iii, cette réplique de Goetz qui a disparu de la version finale : « Eh bien nous sommes au complet : toi, moi, le Diable et le Bon Dieu. Commençons ».
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