Lot n° 233

DERAIN (André) - RABELAIS (François). — Les Horribles et espovantables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel roy des dipsodes fils du grand Gargantua. Composé nouvellement par maître Alcofrybas Nasier. — Paris : Albert Skira,...

Estimation : 8 000 - 12 000 €
Adjudication : 10 625 €
Description
[1943-fin 1945]. —In-4, 341x276 : (1 f. blanc), 187 pp., (5 ff. 2 derniers blancs), couverture imprimée.
Maroquin beige, plats entièrement recouverts d’un riche décor mosaïqué de box bleu foncé, havane, rouge et ocre, souligné par des filets dorés, représentant au centre une sorte d’amphore composée d’éléments géométriques (rectangles, triangles au centre avec carreaux et cœur ajourés) et de zigzags, bordée à gauche et à droite de compositions symétriques, dos lisse orné du titre du livre en long en caractères majuscules mosaïqués de box rouge et bleu foncé, doublures de daim vert olive bordé d’un listel de box vert foncé, gardes de même daim, tranches dorées sur témoins, couverture et dos conservés, chemise à dos à bandes à rabats de maroquin noir, étui bordé (Creuzevault).

Un des grands livres illustrés modernes, illustré de 179 compositions dessinées et gravées sur bois en couleurs par André DERAIN (1880-1954), dont une en frontispice, une sur le titre, 21 à pleine page, 92 dans le texte, 34 lettrines et 30 culs-de-lampe. Il s’agit sans conteste du plus important des livres que l’artiste ait illustrés.
Cette édition est d’autant plus importante qu’elle est hors norme. «En 1941, répondant à la commande par Albert Skira d’une illustration en couleurs de Pantagruel, André Derain choisit de revenir à la gravure sur bois des débuts de l’imprimerie, quand le trait des imagiers ne retenait que l’essentiel. Pour en ranimer l’esprit, il fallait en réinventer les conditions simples. Derain réserva donc la gouge au tracé des formes, confiant aux surfaces intouchées le soin de porter les couleurs. Pour l’impression de planches aussi inhabituelles, on préféra à une imprimerie xylographique l’atelier de taille-douce de Roger Lacourière, plus familier à l’éditeur et moins onéreux. La tâche confiée à quatre étudiants dirigés par Jacques Frélaut consistait à peindre chaque planche selon le modèle fourni par Derain en employant un mélange d’encre à l’eau et d’essence de térébenthine, à imprimer d’un coup, à nettoyer la surface du bois et à recommencer pour l’épreuve suivante. Au début, celles-ci gardèrent le «peigné» des coups de pinceaux, puis Achille Weber, le collaborateur de Skira qui avait la haute main sur ces opérations, demanda qu’on lissât les couleurs afin d’ôter les marques de ces interventions manuelles qui se renouvelèrent pour plus de cinquante-huit mille épreuves pendant trois ans, de 1942 au début de 1945» (Antoine Coron, in: Des livres rares depuis l’invention de l’imprimerie, pp. 270-271, n°221).

Tirage à 275 exemplaires sur vélin d’Arches, celui-ci faisant partie des 200 numérotés de 51 à 250.

Superbe exemplaire relié à l’époque par Creuzevault. Ce dernier réalisa au moins une autre reliure comme celle-ci sur le même ouvrage, avec seulement quelques variantes, notamment au dos. Elle figura à la vente de la bibliothèque de Maurice Houdayer le 21 septembre 2021 sous le numéro 117.

Exemplaire très bien conservé.
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