Lot n° 417

Alexandre de La Motte-Baracé, vicomte de SENONNES (1781-1840), peintre, secrétaire général des …

Estimation : 800 - 1 000 EUR
Description
Alexandre de La Motte-Baracé, vicomte de SENONNES (1781-1840), peintre, secrétaire général des Musées royaux. Lettre autographe au comte de Forbin, à Palerme. 2 pp. in-4. Paris, 23 février 1820. Adresse au dos. Remarquable lettre sur l'assassinat de son très proche ami, le duc de Berry, adressée au comte de Forbin lors de son voyage en Sicile. [Il avait fait la campagne de 1815 sous ses ordres, avant de se lier très étroitement avec lui et la duchesse de Berry en 1819, qui furent ses mécènes pour la publication des vues réalisées en Italie]. Il a attendu son arrivée à Palerme pour lui annoncer. « Au moment même où vous vous embarquiez le 14 à six heures du matin, un forfait exécrable était consommé. La veille au soir, un instant avant la sortie de l'opéra, un monstre avait enfoncé le poignard dans le cœur de notre duc de Berry et ce malheureux prince n'a survécu que six heures à sa blessure. Je n'essayerai pas de vous peindre la consternation générale, encore moins la profonde douleur que j'en ai ressentie et qui laissera pour longtemps au fond de mon âme le découragement et le désespoir. Figurez-vous, s'il est possible, l'état affreux de l'infortunée duchesse de Berri ! À vingt et un ans, elle semble avoir épuisé ce que le sort a de plus poignant […]. Cependant quelques figures féroces trahissent au milieu du deuil universel de coupables espérances. La Providence en détournera-t-elle le succès ? Dans un si grand malheur, le cœur ne reçoit que des pressentiments funestes. Le scélérat qui nous a tous frappé dans ce prince infortuné a-t-il des complices ? C'est ce que l'avenir nous apprendra. Quant à moi je n'en saurai douter et tout homme de bonne foi ne peut avoir d'autre opinion. Il attente toutefois que seul il a conçu le crime comme il l'a seul exécuté. Mais des arrestations assez nombreuses semblent prouver que la police qui n'a pas su prévenir cet horrible attentat, a de bonnes raisons de soupçonner d'autres coupables. Puissent-ils ne pas échapper et que leur supplice, qui ne nous rendra pas notre malheureux Prince, évite au moins à la France la honte de nouveaux forfaits. L'infâme Louvel, sellier de profession, est de son propre aveu, infecté des doctrines infâmes de nos prétendus libéraux, il ne lisait que leurs feuilles incendiaires et n'eut-il pas de complices matériels du crime, ceux-là sont ses complices, qui l'ont poussé à l'assassinat. Cette unité a été si généralement sentie que le ministère a proposé sur le champ des mesures répressives […] ». Il lui apprend que Decazes est remplacé par le duc de Richelieu à la tête du gouvernement et lui donne le nom des nouveaux ministres. Puis ensuite il l'entretient de « l'affaire David que j'ai enfin terminée à travers mille difficultés. On a refusé nettement de consentir à sa réserve de la gravure, et après bien des pourparlers, M. de La Haye y a renoncé. Steuben a un tableau et j'ai profité de l'occasion pour en faire obtenir M. de Pallière. C'est donc 14 au lieu de 12. Je sais que M. de Humboldt a vivement sollicité en faveur de son compatriote, mais je ne crois pas que vous ayez été en butte à ses reproches. J'ai fait ce que j'ai pu d'ailleurs pour faire comprendre l'embarras de notre position […]. Recevez mes vœux pour le succès de votre voyage : je n'ai jamais envié comme aujourd'hui le plaisir de vous accompagner et je regrette bien vivement de ne le faire que par la pensée. Tibi toto corde et animo ».
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