Lot n° 205

D.A.F., marquis de SADE (1740-1814) — L.A., [Vincennes vers le 28 mars 1781], à sa femme

Estimation : 1000 - 1500 €
Adjudication : 2 125 €
Description
3 pages in-4, adresse. Sur les prédications du père Jean-Baptiste Massillon, et les persécutions dont il est victime.
« Mondieu ma chere amie que j’aime les sermons du pere Masillon ! Ils m’élevent, ils m’enchantent, ils me ravissent. Ce n’est point un bigot qui vous parle et qui échafaudant partout des verités que l’impie nie, ne scait que le combattre avec des armes émoussées, ce n’est point un pédant herissé de sophismes qui ne cherche à convaincre qu’en effrayant l’esprit ; c’est au cœur que celui ci dirige ses maximes, c’est le cœur qu’il cherche a seduire et c’est le cœur qu’il captive, sans cesse ; [...] quelle pureté ! quelle morale ! et quel heureux melange de force et de simplicité ! tantôt son eloquence rapide est comme un torrent qui entraine toutes les souillures de l’ame, l’instant d’apres sa tendre compassion comme effrayée de l’ebranlement quelle vient de produire, ne fait plus couler sur la playe qu’un beaume tranquile et doux qui lui soumet a la fois et le cœur et l’esprit. Comment est-il possible grand dieu ! que Louis quatorze fit egorger tant de million de ses sujets dans les Cevennes pendant que Masillon lui disait Sire les rois nous sont donnés par l’éternel pour etre le salut de leur peuple. Soulages le vous en seres le pere, et vous en seres doublement le maitre »... Sade s’enflamme alors contre le « bourreau de sa vie », sa belle-mère Madame de Montreuil, qui ose communier alors qu’elle se déshonore chaque jour dans sa vengeance contre lui : « Horrible fleau de la nature, oserâs-tu porter le blasphème jusque la ? Oseras-tu ne voir dans la divinité qu’un tyran ? Oseras-tu la mouler sur ton âme de boue ? et t’aveugleras-tu jusqu’au point de croire imiter sa justice quand tu ne suis que les infernales impressions de l’etre ennemi qu’elle exigeât pour punir ceux qui te ressemblent ? Fremis ! Dieu se lasse a la fin des crimes des mortels, et la foudre est deja sur ta tete ». Il dresse alors la liste des « satellittes » que la présidente de Montreuil a soudoyés contre lui et le sort funeste qui leur a été réservé. Il y a le chancelier Maupeou « deshonoré aux yeux de l’univers, et bien heureux d’avoir sauvé sa tete » ; le duc de La Vrillière ; la Langeac ; M. de Mende, procureur à Marseille « aujourd’hui sans feu ni lieu » ; le commandant du château de Savoie « chassé de sa place » ; le guichetier « pendu » ; « celui qui me prit mort ou chassé de sa place » : « l’homme qui faisait mes affaires en Provence et qu’elle paya pour me faire prendre : déshonoré dans la province, regardé comme un frippon »… Etc.
Correspondance (Lély), CXXI.
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