Lot n° 212

Louis de Rouvroy, duc de SAINT-SIMON (1675-1755) — 2 L.A.S. « SS », La Ferté 7 et 19 octobre 1733, au comte de Belle-Isle (le futur maréchal) à Metz

Estimation : 1500 - 2000 €
Adjudication : 1 875 €
Description
demi-page et 1 page et demie in-4. Sur son fils aîné Jacques-Louis, duc de Ruffec (1698-1746).
7 octobre. « Mon fils me comble en me mandant encore aujourdhuy les instructions que vous voulés bien lui donner, et je ne puis mon cher et tres cher Bellisle vous dire a quel point je le suis. C’est tout ce que vous aurés de l’homme du monde qui vous aime le mieux. Je suis penetré de vostre amitié je ne veux pas vous penetrer d’importunité. Que pensés vous que Me de St Simon soit pour vous ? Mil choses pour elle et pour moy a vostre exquise femelle. Tout ce que m’en mande mon fils me ravit pour elle et pour vous et ne me surprend pas ».
19 octobre. « Quand meme vous ne le voudries pas […] pour cette fois vous seriés encore importuné. Je me fie totalement en vous depuis bien des années je compte sur ce que vous me mandés, et cela me ravit d’aise de mon fils et de reconnaissance et de sentiment de tout ce que vous aves fait pour luy comme pour le vostre. La question est la mise en œuvre et Dieu sur tout. J’ai grand regret que l’autre [son fils cadet Armand, marquis de Ruffec] n’ait pu estre assés aupres de vous pour en profiter de meme, mais a cette belle enfilade cy ils vous passeront tous deux plus d’une fois par les mains. Ha, il y a 3 et 4 ans ! que la seance de vostre cabinet m’a souvent depuis passé par la teste et par le cœur et que cecy me la renouvelle. Le comble de ce que vous aves fait est l’importunité que vous aves bien voulu prendre d’avoir commerce avec mon fils. Cela luy sera d’une utilité infinie pour ne se pas negliger et pour estre doublement instruit. Quand il n’y auroit que mon trop plein que je ne puis ny contenir ni escrire, si vous ne venes point cet hyver vous me verrés a Metz et si je n’y avois pas l’Evesque [son cousin Claude de Saint-Simon, évêque-prince de Metz], je pense encore que j’en sauterois le baston.
La longue paix vous a bien mis en arriere. Le poste ou vous estes en est un dedomagement. Les commencements en seront petits, mais ils ne peuvent estre durables. On ne vous l’a pas donné tout a fait pour vos beaux yeux. Vous y faittes et feres voir qu’on ne s’est pas trompé, il sera donc du bien et de l’utile de vous donner lieu de faire mieux encor en vous en donnant l’occasion. Ceux qui commanderont le desireront pour eux mesmes, et cela fait vous voila Coadjuteur. En attendant je ne puis regretter que la Lorraine soit occupée par un autre, qu’un autre y commande [le maréchal de Berwick] et soit le p[remie]r plastron des cris des plaintes des cabales et que vous n’y veniés qu’apres touttes les rumeurs. En tout cela un septuagenaire isolé vous vaut mieux qu’un autre. Je suis ravi d’Hasfeldt en Italie ou il n’est possible qu’il ne soit incessament ce qu’il devroit estre il y a longtemps [Asfeld sera fait maréchal en 1734]. On ne le fera pas seul, cela eclaircira les l[ieutenan]ts g[énérau]x vous donnera des cadets et vous avancera par la teste et par la queue »...
Les Siècles et les jours. Lettres… (p. 513-515, nos 288 et 289).
Partager