Lot n° 216

[STENDHAL (1783-1842)]. Sophie DUVAUCEL (1789-1867) — L.A.S. « Barone du Voix », 10 octobre 1834, à Stendhal

Estimation : 800 - 1000 €
Adjudication : 2 500 €
Description
6 pages in-4 (petite déchirure en tête sans toucher le texte). Une des trois lettres connues de Sophie Duvaucel que Stendhal ait conservées. Il a noté en tête : « Lue le 8 Novembre » ; en marge, Romain Colomb a noté : « mariage du Docteur Koreff » et plus loin « le Moïse de M. de Chateaubriand ».
De cette longue lettre, si caractéristique de l’esprit de la belle-fille de Cuvier, nous ne pouvons donner qu’un rapide aperçu.
« Des histoires ! Cela vous plaît à dire. Est-ce qu’il en pleut donc ? et s’il en pleuvait, ne suis-je pas à l’abri de l’averse sous les grands arbres de notre jardin ? Les bruits de ce monde, cher consul, n’arrivent jusqu’à moi que comme les modes arrivent aux isles Shetland, après avoir fait le tour de la terre et je ne veux pas m’exposer aux moqueries du plus moqueur des hommes ».
Elle relate avec humour les aventures du Dr Koreff : « le roman a fini comme tous les mauvais romans, par cette platitude appelée mariage » (Sophie Duvaucel allait se marier un mois plus tard) ; « voilà le pauvre homme lié de la bonne façon, ce qui vaut encore mieux qu’un duel à mort »… Puis elle ironise sur une « médaille d’encouragement » décernée à Humboldt par la Société statistique de Paris, qui en a envoyé une autre à Lady Morgan… Elle signale un article de Jules Janin au sujet de la représentation à Versailles de la tragédie Moïse de Chateaubriand : « Janin s’est fait de la meilleure grâce du monde le Cornac du veau d’or de M. de Chateaubriand. Sachez pourtant que le veau, le prophète et le vicomte ont prodigieusement ennuyé le parterre de Versailles »…
Elle a reçu une longue lettre de Mérimée : « Il me conte des folies après avoir parlé cathédrales à M. Persil, monuments à M. Thiers et archives à M. Guizot »… Elle s’amuse des moustaches de Jean-Alexandre Buchon, parle de l’École Normale crée par Cuvier, qui voulait y constituer une collection d’histoire naturelle, en s’indignant contre l’« infamie » de Victor Cousin qui a empoché les fonds qui lui étaient destinés…
George Sand vient de publier un nouveau roman, Jacques : « je ne l’ai point encore lu tant j’ai eu peur d’y trouver un Jacques Lafitte, ou bien un Jacques Lefèvre, ou même un Jacques Coulmann, tous gens fort dignes de figurer à la Chambre de représentants qui ne représentent personne, mais peu propres, selon moi, à devenir héros de roman »… Elle évoque encore la publication des pensées du comte de Peyronnet, d’une biographie de Talleyrand, « sanglante satyre de votre héros politique »... Mais elle ne sait « trop pourquoi je m’avise de parler livres à un homme qui n’aime pas que les femmes sachent lire. […] nous passerons notre hyver au jardin des plantes, faisant tous nos voyages au coin du feu comme de coutume. Si vous veniez vous y asseoir vous y seriez le bienvenu et je trouverais encore plus agréable de causer face à face avec vous que de vous écrire de longues pages qui ne peuvent ni vous intéresser ni vous amuser »…
On joint 19 L.A.S. ou billets de Louis-Adolphe de Mareste (1784-1867) à son ami le cavaliere Gaetano Cobianchi, 1843-1861 ; on y croise les noms de Poerio, Persigny, Louis Bonaparte, Mme de Rubempré, Cavour, etc. ; il y est question de la Savoie, du Piémont, de Rome et des États romains… (plus quelques ex-libris).
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