Lot n° 267

Joseph BONAPARTE — L.A. (minute, incomplète), Philadelphie 23 août 1817, « au Rédacteur de l’Abeille américaine »

Estimation : 1000 - 1200 €
Adjudication : Invendu
Description
8 pages in-4 (quelques bords effrangés). Réfutation du Manuscrit venu de Sainte-Hélène.
Brouillon, avec de nombreuses ratures et corrections, d’une lettre adressée au journal des Français réfugiés en Amérique, réfutant l’authenticité du Manuscrit de Sainte-Hélène publié à Londres en 1817.
Joseph affirme et prouve que ce manuscrit n’est pas de Napoléon, en en dénonçant les inexactitudes et les erreurs : il est faux que l’Empereur ait appris le français avec la garnison de sa ville natale ; il était en 1777 à l’abbaye d’Autun, « il fut depuis à l’École Militaire de Brienne, et ensuite alla à celle de Paris, d’où il n’est sorti qu’en 1786. Voilà une erreur de fait que l’Empereur Napoléon ne pouvait pas commettre ; elle me dispense de vous en citer d’autres ». L’auteur du libelle prête à Napoléon un mépris envers les patriotes qui se battaient pour l’indépendance de la Corse qui ne peut être le sien. Joseph pense qu’il faut chercher l’auteur dans l’entourage de l’Empereur : « il ne serait pas même impossible qu’il fut du Mal Marmont, duc de Raguse, longtemps aide de camp de Napoléon, qui doit avoir regretté bien souvent le moment d’absence de toutes ses facultés morales dans lequel se consoma la ruine de son bienfaiteur et de sa patrie ».
Dans un deuxième point, Joseph réfute l’aversion pour Voltaire prêtée à Napoléon qui « savait par cœur et récitait souvent les plus beaux morceaux des tragédies de Voltaire, et il les faisait souvent représenter devant lui, je l’ai souvent entendu défendre dans son salon Voltaire contre les critiques de Geoffroi ». Napoléon était partisan de « laisser toute liberté des discussions sur les matières littéraires » ; ainsi Voltaire attaqué par Geoffroy, était défendu dans le Journal de Paris par des personnalités proches de l’Empereur. « Voltaire est sans doute un colosse littéraire, lui seul suffirait à la gloire d’une nation mais il faut que les étrangers sachent que Corneille, Racine lui sont préférés par beaucoup de Français ». Si ces écrivains sont en concurrence, si Voltaire a des ennemis de ses principes politiques, « il est absurde de vouloir reconnaître parmi ces derniers l’homme qui ne devait le trone qu’à ces mêmes principes de la souveraineté du peuple, et de la représentation nationale ». Napoléon admirait Voltaire « mais c’était l’opinion de l’individu, le prince n’empêchait pas les autres individus de préférer des opinions contraires à la sienne. Nous remarquons à ce propos que l’Empereur Napoléon n’a jamais commis d’acte impie ». Il espère avoir convaincu son correspondant et le prie d’insérer cette lettre dans son journal, ainsi que la pièce jointe de M. Andrieux de l’Institut, « qui vient de perdre sa place parce qu’il est ami des principes politiques de Voltaire, de l’Amérique, et de l’immense majorité de l’Europe »….
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