Lot n° 307

Stanislas de GIRARDIN (1762-1827) — 18 L.A. (plusieurs incomplètes), 1800-1801, à Joseph Bonaparte

Estimation : 800 - 1000 €
Adjudication : 1 875 €
Description
58 pages in-8. Très intéressante correspondance du député, homme politique et administrateur, à son ami et voisin Joseph Bonaparte (Girardin avait sa propriété à Ermenonville, Joseph Bonaparte à Mortefontaine). Elle débute le 8 brumaire IX (30 octobre 1800) et se poursuit jusqu’au 21 frimaire X (12 décembre 1801). Si elle traite de quelques sujets personnels, Girardin se chargeant de commissions pour Joseph (recherche d’une maison à Paris, travaux à l’orangerie de Mortefontaine, vente de bois), envoyant à sa femme (Mme Julie) le roman de Mme de Genlis Les Mères rivales (« c’est le seul ouvrage de ce genre qui mérite d’être lu »), elle relate surtout les intrigues politiques du moment (Girardin est membre du Tribunat) et des événements importants, comme les pourparlers pour les différents traités de paix et l’attentat de la rue Saint-Nicaise et ses suites. Elle reflète bien le climat d’inquiétude qui règne pendant ces mois où Napoléon consolide son pouvoir. Nous ne pouvons donner que quelques extraits.
Joseph mène les négociations avec le comte de Cobentzel, représentant de l’Autriche, qui se concluront par la signature entre l’Autriche et la France du traité de Lunéville le 9 février 1801. Girardin reflète l’état de l’opinion pendant ces discussions, et évoque les positions des autres parties prenantes, l’Angleterre et la Russie. Il voit souvent le Premier Consul et rapporte leurs échanges à son frère : Bonaparte ne semble pas vouloir admettre le ministre anglais au Congrès « non parce qu’il parviendrait à empêcher la conclusion de la paix avec l’Autriche, mais ses hostilités recommenceraient. Si vous ne le recevés pas M. de Cob[entzel] s’en ira […] Tal.[Talleyrand] m’a parlé aussi des jeunes gens attachés à la Légation [ ] ils sont les auteurs de toutes les niaiseries imprimées dans les divers journaux […] Les articles de Lunéville doivent être rédigés d’une manière a meriter et a fixer l’attention publique, il faut qu’ils puissent servir ou a faire connaitre la situation de l’Europe ou a augmenter votre consideration »… (4 frimaire IX/25 novembre 1800). – « Je pense que le cabinet de James Pitt n’est plus aussi éloigné de vouloir traiter et que le désir de faire la paix se laisse apercevoir dans plusieurs des notes de Lord Grenville » (16 frimaire/2 décembre). – Girardin rapporte l’assassinat de l’abbé Audrein, évêque du Finistère (19 novembre) qui « allarme le clergé constitutionnel, les conventionels et ceux qui votèrent la mort »… – 4 nivôse /25 décembre : il apprend l’attentat [rue Saint-Nicaise] de la veille « tramé contre les jours de votre frère. […]Le consul vient d’échapper miraculeusement pour la seconde fois […] puisse-t-il ouvrir enfin les yeux, connaitre ses ennemis, ne point éloigner ses véritables amis »… – « Votre frère m’a dit qu’il avait la certitude que les chouans payés par l’Angleterre étaient les auteurs de cet affreux complot » ; dans cette même lettre, Girardin a prévenu le Consul contre Fouché qui était « au 18 Brum[aire] l’homme de Barras et qu’il avait été placé au Ministère par ce parti-là »…
En janvier 1801, Ceracchi et ses complices, dont Aréna, sont condamnés, mais les vrais coupables ne sont pas encore arrêtés. « L’évènement du 3 nivose a servi à prouver à votre frère qu’il était l’amour, l’espoir et la gloire des français et lui a servi aussi de prétexte pour exécuter une mesure projettée depuis longtemps […] S’il joint à cette opération sociale une épuration dans les autorités constituées, alors le bien qu’il veut faire ne rencontrera plus d’obstacles »… Les « véritables auteurs de la machine infernale » sont enfin arrêtés : ce sont trois chouans dont il donne les noms… Les bonnes nouvelles viennent d’Italie, où Brune, après ses succès à Vérone et à Venise, va pouvoir signer un armistice avec l’Autriche, à Trévise le 15 janvier. – 15 pluviôse X/4 février 1801. Agitation intérieure : les débats sur la loi relative aux tribunaux criminels spéciaux ont été agités, avec de « violentes diatribes contre le gouvernement » par Daunou et Chénier. « L’audace de ces hommes naturellement lâches, connus dans le cours de la révolution par une excessive timidité, a excité beaucoup de surprise et donné lieu à de sérieuses réflexions. Leur conduite dont le motif secret n’est point encore connu, a comme vous pouvés le penser déplu à votre frère »… Agitation extérieure, avec levée de troupes par les Anglais. – 21 frimaire X/12 décembre 1801, La situation se calme, malgré la cherté du pain et l’on attend de façon imminente la paix avec l’Angleterre. Le général Lannes, qui a mis en déficit la caisse de la garde consulaire, voit comme une disgrâce sa nomination comme ministre plénipotentiaire au Portugal et menace de démissionner… Etc.
On joint 2 minutes de lettres dictées de Joseph : – à Girardin (Point Breeze, 12 mai 1826), lui soumettant une notice destinée à Mélito pour rectifier les faussetés imprimées sur son compte ; – à la veuve de Girardin (Point Breeze 15 décembre 1828), à propos des Souvenirs de Girardin dont il n’a pas encore reçu les volumes, mais dont on ne lui a pas dit grand bien, et la priant de « faire démentir des propos injurieux à mon honneur et au sien »…
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